L’indépendance de la Kabylie ne se fera pas avec les slogans archaïques.

Les slogans ont bien entendu leur utilité dans un combat politique et pour de nombreuses activités. Ils sont une partie intégrante du patrimoine intellectuel et culturel des Terriens. Le sujet n’est donc pas de démentir leur utilité ni d’énumérer une liste de slogans à proscrire et ceux qui sont à promouvoir ni même de se pencher analytiquement sur un échantillon pour l’interpréter. Le sujet est d’inciter chacun de nous à considérer avec un regard humaniste la distance intellectuelle et morale qui sépare les slogans responsables et objectifs, même s’ils sont iconoclastes, mordants, incendiaires, de ceux qui sont problématiques, archaïques, violents, misogynes et racistes. En tant que kabyle militant-e pour les droits politiques de notre peuple. Nous avons obligation à considérer la distance afin que notre conviction pacifiste et nos slogans politiques ne se trouvent tiraillés par des idées antagoniques.

Chacun de nous est en mesure de faire une distinction nette entre le bien et le mal. Évidemment, les humains ne naissent pas instruits sur le sujet. L’éducation sociale leur donne les outils pour différencier l’un et de l’autre à mesure qu’ils grandissent et se corrigent. La même démarcation franche s’opère pas à pas entre le slogan responsable et celui qui est archaïque. Là aussi, les humains ne sont pas automatiquement lucides de la dimension des slogans qu’ils manient, surtout en politique. Encore plus, les personnes issues de peuples qui, faute d’école pour enseigner leur propre langue et franchir les étapes conceptuelles par l’écrit, ils n’ont pas fait le travail intellectuel sur tous les éléments constitutifs de leur patrimoine idéel et culturel. Même si, globalement, ils sont les plus enclins à la bienveillance et s’amendent rapidement. En effet, il suffit de leur faire prendre conscience de la venimosité d’un slogan pour les voir promptement corriger l’habitude par les évidences. Il ne reste pas moins vrai que ce sont des êtres humains, ils peuvent commentaire entre-temps des impairs par inconscience.

Les slogans sont insérés dans l’espace public pour un but précis : communiquer et influencer. Les meilleurs sont ceux qui transmettent des idées concises, frappantes et s’impriment facilement dans les consciences. Elles servent de base autour de laquelle les organisations politiques cherchent à agglomérer et à partir de laquelle elles essayent de disséminer leur idéologie. Lorsque l’impression est réussie à grande échelle, alors les slogans ont parfaitement rempli la mission qui leur a été assignée de forger l’opinion publique sinon influencer fortement sa formation et permettre sa circulation dans la société.

L’histoire montre qu’ils peuvent ponctuellement ou durablement produire l’inverse de ce qui est escompté. Ils peuvent très rapidement se retourner contre l’inspirateur ou être déformés pour lui nuire. Parfois, c’est la moralité qui résulte de l’effet, elle retourne le nauséabond contre l’auteur, tantôt, c’est l’injustice qui s’abat sur une idée noble par l’incompréhension ou la force de la désinformation. En effet, les slogans plus encore que d’autres formes de communication peuvent considérablement contribuer à dégrader l’image d’un mouvement politique ou autre. Tout comme ils ont la force de rendre une cause sympathique et participer grandement à populariser son combat politique à l’échelle planétaire. Ils peuvent charrier une idéologie hautement polluée par la haine, tout comme ils peuvent être porteurs de messages de paix universelle. Conditionner l’hostilité politique entre deux bords en biaisant la vision des membres. Ou contrairement, de favoriser leur entente par la bienveillance qu’ils portent et transmettent.

Comme tous les peuples de la planète, nous avons des slogans pertinents qui échappent à l’usure du temps, d’apparence banale, ils expriment néanmoins en une courte phrase notre vision du monde. Ils font appel aux raisonnements raffinés tout en utilisant un vocabulaire simple. D’autres ont façonné une idée qui a traversé plusieurs générations dont la philosophie reste la même, mais la signification s’est modifiée. Ils peuvent plus au moins se situer dans l’espace-temps. L’histoire se laisse lire à travers eux, à l’instar de celui-ci : « ruh ayarab ar ṭafsuṭ » émis plus que probable à l’époque où le peuple kabyle, riche, puissant contrôlait tout son territoire original et cultivait ses plaines fertiles. Certainement avant l’invasion ottomane.

Nous avons des slogans qui ont fortement contribué à consolider le lien social en assurant l’obligation du devoir de tous envers Taqvaylit. Toutefois, le temps est venu de nous en défaire, car ils ne sont vraiment pas en phase avec nos idées centrales. En plus de leur caractère archaïque et misogyne, certains reflètent indéniablement l’impuissance collective à s’organiser politiquement. Ils tendent à masquer le désengagement intellectuel sur les sentiers de la réflexion pour tracer des routes à l’intelligence. Ils expriment des « mythes » consolateurs pour un peuple en perdition politique. Ils conspirent à la représentation inconséquente des choses et de la réalité.

Et enfin nous avons des slogans qui véhiculent des idées carrément racistes. Ils nous ont été transmis de génération en génération sans jamais n’avoir été analysés ni remis en question. Loin de moi l’idée de dédouaner mon peuple. Toute idée raciste m’est insupportable. Cependant, ici, comme sur de nombreux sujets, l’erreur magistrale de mes ancêtres qui ne songèrent pas à écrire la langue kabyle, puis son interdiction dictatoriale des écoles, ordonnée par l’arabisme, sont directement responsables de la perpétuation desdits slogans.

L’ardeur que nous mettons à répéter des slogans archaïques peut déconcerter un observateur profane. En vérité, nous n’avons pas une claire conscience de la portée néfaste des slogans que nous manions. Nous ne les tenons pas du fait d’une malignité intrinsèque ni pour heurter délibérément les consciences. Au contraire, nous avons l’impression sincère de défendre Taqvaylit avec des slogans aux idées, certes, imparfaites, mais suffisamment humanistes pour nous tenir loin du racisme.

En fait, nous les tenons simplement parce que nous les avons reçus des parents et ils reviennent souvent dans les conversations politiques. Nous ne sommes pas pleinement conscients de leur nocivité, car comme indiqué plus haut, faute d’école kabyle, nous n’avons pas travaillé sur notre patrimoine intellectuel et culturel pour l’améliorer avec l’étude. Et aucun intellectuel n’a travaillé sur le sujet, en d’autres langues, pour nous alerter. Il y a des points que nous pouvons réfuter mentalement et améliorer par la même voie, d’autres qui ont un impératif besoin d’accomplir le saut par l’investigation écrite.

Comme nous venons de le voir, nous avons des slogans qui incarnent les déficiences caractéristiques d’une idée qui n’a pas bénéficié de l’évolution intellectuelle des concepts. Certaines idées de l’époque où ils furent élaborés ont connu une grande évolution, d’autres ont simplement disparu, pendant que les messages véhiculés par les slogans sont restés figés dans le temps. Ceux-là, au-delà de la langue kabyle exclue de l’école, sur la forme, les raisons qui les avaient formulées semblent apparentées à celles qui meuvent notre lutte politique aujourd’hui, sur le fond, elles sont l’exact contraire de nos principes politiques et philosophiques. N’ayant pas cité d’exemple, je ne peux expliquer pourquoi leur provenance me semble douteuse. Une chose est certaine, ils sont à l’origine de toute une série de confusion ; un cheptel d’erreurs encastrées les unes dans les autres. Triple peine donc pour les Kabylistes dans la mesure où ces slogans produisent des erreurs toxiques pour la militance, écorchent l’image du mouvement politique et portent atteinte à l’image de notre peuple.

Nous venons de survoler quelques raisons pour lesquelles, il est important de revisiter tous nos slogans et d’identifier ceux qui sont archaïques, misogynes et racistes. Ceux qui portent atteinte à la dignité et écorchent l’image de notre mouvement politique. Ce genre de remarque est assez déplaisant à regarder en face pour un peuple en lutte pour sa pérennité avec les outils du pacifiste, mais, malheureusement, nous avons effectivement des slogans racistes. Il est évident que l’observation n’a rien à voir avec un propos à charge. Elle s’appuie simplement sur un constat et exprime le souhait d’une utilisation plus efficace des slogans. Il est absolument fondamental de répertorier tous les slogans archaïques, racistes et misogynes, et de s’armer intellectuellement pour les défaire. Ils font partie des priorités intellectuelles. Il en va de la cohérence de notre lutte politique, inscrite dans la voie pacifiste. Nous ne pouvons pas nous qualifier de pacifistes et tenir des slogans choquants. La position se présente sous un jour contradictoire qui brouille notre discours politique. Notre combat politique est aussi pour la liberté individuelle, la souveraineté intellectuelle et le respect strict des peuples. Le pacifisme nous engage à des devoirs envers l’humanité. Celui qui ne comprend pas cela n’est pas formé politiquement ni équipé intellectuellement pour appréhender grand-chose du champ politique dans lequel il évolue et milite.

Nous terminerons par un fait qu’il va falloir à un moment ou un autre le faire comprendre à tous les Kabyles. L’efficacité des slogans de l’idéologie algérianiste ne laisse pas de m’impressionner. Bon nombre sont loin de véhiculer des idées fascistes, loin de là. Ils ont un fort pouvoir de neutralisations des débats essentielles par des pseudo-évidences et des intimidations idéologiques. Une capacité impressionnante de mouler l’esprit des Algériens et de devancer les opinions moutonnières. Nous pouvons observer leur efficacité à travers les Kabyles algérianistes. Ils reculent de plus en plus socialement et malgré ce fait, ils défendent ardemment le système responsable de leur situation et la dégradation vertigineuse de l’économie de la Kabylie. Ils n’arrivent pas à se rendre compte que nous sommes sous-occupation et nos esprits sont littéralement colonisés par une vision du monde qui va à l’encontre des principes de Taqvaylit et sa pérennité.

Les rumeurs…

Les lanceurs de rumeurs.

La mentalité soupçonneuse. 

Regarder dans les miroirs de la vie.

Les trois lettres (I) et (II)

Théorie de complot.

Firmus

Site kabyle

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