La nécessaire réussite des marches commémoratives du 20 avril

Les actions à grand impact, tels les rassemblements, les marches et les grèves générales ou les désobéissances civiles pacifiques ont pour objectif de démontrer un rapport de forces. Car en plus de mobiliser le cercle militant déterminé dont l’adhésion à la cause est réfléchie, ces actions permettent le rassemblement des cercles sympathisants et neutres. Les adhésions par l’émotionnel sont souvent volatiles et se font et se défont selon les sentiments éprouvés à l’égard des acteurs- organisateurs et des messages politiques mis en avant.

La réussite de ce type d’actions dépend du nombre de participants, de la qualité de l’organisation et des prolongements politiques qui seront faits. L’échec, vous l’avez compris, est dans une mobilisation faible hors du cercle activiste. C’est pour cette raison qu’il faut bien réfléchir et bien préparer ces actions en amont pour provoquer des impacts réels sur les opinions publiques.

À la veille des marches commémoratives traditionnelles du 20 avril en Kabylie et dans la diaspora, nous attirons l’attention des responsables et militants-es indépendantistes kabyles sur la nécessité de ne pas compter uniquement sur une mobilisation automatique, traditionnelle et spontanée du peuple kabyle. En effet, les données ne sont plus ce qu’elles étaient il y a quelques années et même en comparaison avec l’année dernière. L’internationalisation de la question kabyle à travers le dépôt d’un mémorandum et la participation de l’équipe nationale kabyle à la coupe du monde de la CONIFA en mai prochain ont poussé le pouvoir colonial algérien à accélérer sa stratégie machiavélique de normalisation de la Kabylie. Il fait tout son possible pour isoler les militants-es souverainistes kabyles : diabolisation, propagande, récupération des symboles kabyles, harcèlements, pressions sur les activistes de notre mouvement.

L’objectif de tous ces stratagèmes est de dissuader les cercles sympathisants et neutres de se rapprocher du mouvement indépendantiste. Ainsi, il empêche la bipolarisation entre indépendantisme kabyle et colonialisme algérien. Le but du pouvoir colonial algérien est de neutraliser les acteurs, car il ne veut ni ne peut s’attaquer au projet politique indépendantiste kabyle sans risque de se retrouver face à ses contradictions et ses positions à géométrie variable sur l’application du principe de droit à l’autodétermination des peuples, inscrit même dans sa propre loi fondamentale.

Nous pouvons regretter les divisions et les dissensions au sein du mouvement indépendantiste, cependant il n’est plus possible de faire comme si elles n’existent pas. Il n’est plus possible de continuer à militer dans cette situation sans courir le risque sérieux d’une démotivation du noyau militant. Pour réussir les marches du 20 avril dans la diaspora et en Kabylie, il faut nécessairement appeler à l’union politique, non pas derrière une structure, mais bien derrière un message et un projet politique, clairs : l’indépendance de la Kabylie. Il appartient à tous les militants-es indépendantistes de tous bords de s’organiser sur le terrain pour préparer ces actions unitaires et leur assurer tout le succès. L’enjeu des marches commémoratives des événements du printemps kabyle est la reconquête des espaces d’expression politique kabyle et d’envoyer le pouvoir colonial algérien et ses serviteurs dans les cordes. Il est question aussi de faire une démonstration de force mobilisatrice des cercles sympathisants et neutres en Kabylie.

Concrètement, que peuvent faire les militants-es indépendantistes kabyles sur le terrain pour mieux préparer cet événement si important ?
À mon avis, les actions de proximité sont à intensifier pour la réalisation de deux objectifs :
-créer une dynamique, une sensibilisation et une conscientisation autour des enjeux de ces manifestations.
-User les forces répressives coloniales par la multiplication des actions de proximité sur une période d’un mois et obtenir des adhésions des cercles non engagés en mettant à nu les pratiques coloniales.

Quelles actions de proximité ?

Il faut de l’inventivité, de la créativité et beaucoup de pragmatisme dans l’élaboration de ce type d’actions. Le plus important est l’adaptation des moyens par rapport aux objectifs définis. Il n’est pas nécessaire d’être à plusieurs pour réaliser une action. Cela peut aller de simples cafés militants ouverts aux cercles sympathisants à de petits rassemblements dans les villages avec des prises de paroles. Cela peut être aussi des campagnes de distribution des tracts ou des cérémonies de lever des drapeaux kabyles. Toutes les actions qui pourraient toucher et impliquer les cercles non activistes sont à privilégier. Cependant, il faut éviter la multiplication des réunions entre militants-es qui peuvent donner lieu à des arrestations. Il ne faut surtout pas prendre des risques inutiles pendant cette période de préparation. Une seule réunion pour définir les rôles et les missions de chacun peut suffire, en élargissant l’ordre du jour à plusieurs sujets en lien direct avec les marches.

L’organisation d’une marche n’est pas une affaire simple. Il faut que les missions soient définies, les coopérations et les coordinations entre les acteurs, clairement établies. De la logistique à la communication et de la sécurité à l’information d’urgence, tout doit être coordonné. La réussite se mesure aussi par le bon déroulement avec des images fortes et expressives. Nous n’avons pas les médias pour relayer l’événement, alors il appartient aux militants-es de s’organiser en conséquence.

Les marches commémoratives du 20 avril prochain doivent être un moment fondateur d’une union politique kabyle derrière le seul objectif de l’édification d’un État indépendant. Il y a certainement des compromis à trouver pour réunir toute la famille indépendantiste, il est un devoir pour chaque militant-e de travailler pour converger les énergies et rapprocher les points de vue qui ne sont pas aussi opposés que l’on puisse le croire. J’ai confiance dans la hiérarchie politique indépendantiste pour travailler sur ce qui rassemble et se concerter sur ce qui sépare les uns et les autres.

La réussite des marches du 20 avril va permettre de desserrer l’étau sur les militants-es indépendantistes de Kabylie, en reprenant le terrain aux forces répressives et coloniales. Ces marches vont permettre aussi de ressouder la famille indépendantiste sur le terrain, et ouvriront la voie à des réflexions pour trouver un espace d’expression libre et solidaire qui regroupera toutes les tendances. Je n’ose même pas imaginer ces actions mises en échec par le pouvoir colonial algérien à cause de la désunion. Il est temps que chacun assume pleinement ses responsabilités.

Tous les militants-es ont lu et entendu les appels pour l’union politique du peuple kabyle. La détermination et la sincérité de tous seront mises à l’épreuve à l’échelle d’un territoire lors des marches commémoratives du 20 avril. Elles seront effectivement, l’occasion de concrétiser l’appel sur le terrain. En cas d’échec, nous dénoncerons les responsables sur la place publique kabyle et internationale. Nous le ferons pour les intérêts du peuple kabyle et pour l’histoire.

Gloire aux héroïnes et aux héros kabyles.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :