Jeunesse Nat Vuɣaradan, lève-toi, participe à la marche de l’histoire.

Jeunesse Nat Vuɣaradan, lève-toi, participe à la marche de l’histoire. Rejoins les rangs du M.A.K-Anavad pour libérer la Kabylie des griffes du colonialisme. Prend part à ce combat pour la liberté qui est le nôtre. Regarde autour de toi, sur tout le territoire kabyle, la jeunesse est engagée pour édifier un État kabyle afin d’assurer un avenir à Taqvaylit. N’entends-tu pas ces appels en faveur de la libération de notre peuple qui s’élèvent partout en Kabylie et éveillent chez nous la volonté à bâtir un avenir kabyle ? Aimerais-tu que l’on dise que tu es complice par abdication ? 

Je ne vais pas t’adresser une lettre militante et émouvante pour vanter ton courage. Ou essayer de te culpabiliser pour t’inciter à militer pour l’indépendance de ton pays. Je veux simplement te donner mon opinion. Les raisons qui me poussèrent à militer pour l’indépendance de ma Kabylie. Je veux te dire que personnellement l’idée d’une disparition de Taqvaylit m’est pénible, alors je milite un État kabyle pour lui garantir un avenir. Libre à toi d’admettre l’idée ou de la réfuter, sans État kabyle, notre identité disparaitre inévitablement.

Sache que la lutte politique kabyle n’est ni de droite ni de gauche encore moins l’extrême de l’une ou de l’autre. Les personnes qui veulent te dérouter vers l’impasse politique d’où nous nous sommes extirpés soutiendraient effectivement l’inverse. Notre lutte est pour la libération du territoire ancestral, c’est-à-dire la Kabylie ne se mène pas avec les idéologies d’importation, mais celle issue des entrailles de Taqvaylit.

Le territoire national et Taqvaylit sont les seuls bien impérissables que nous avons hérités de nos aïeux. Voilà pourquoi notre lutte concerne non seulement le projet politique, mais aussi l’émancipation individuelle. C’est un engagement pour l’indépendance politique et la décolonisation intellectuelle. Avoir le droit de penser par soi-même est aussi une lutte à mener collectivement et individuellement. Nul autre objectif n’est plus élevé que le combat pour la liberté d’être soi-même et ne dépendre que de soi-même en collaboration et relation avec le monde.

La dignité et la personnalité de nos ancêtres nous ont transmis un savoir-vivre et un territoire, préservons-les tous ensemble. Résister à l’assimilation forcée et s’opposer à toutes les tentatives d’absorption de notre identité est un combat noble et un devoir pour tout kabyle. Toutefois cela n’est pas suffisant pour pérenniser notre patrimoine immatériel. Il nous faut un État kabyle pour pouvoir le réaliser. Sans État gouverné par nous-mêmes et pour Taqvaylit, notre peuple est condamné inéluctablement à disparaître. Veux-tu être complice d’une telle tragédie ? Pas moi.

L’impasse majeure dans laquelle nous avons tourné en rond durant des années est  » amazɣt pour tous  » et  » démocratiser de l’intérieur ». Il y a une différence notable à entre continuer à défendre « Ṭamazɣt » et consacrer nos forces à Taqvaylit. La première a pour principe de complexifier davantage un débat politique qu’elle a déjà suffisamment contribué à compliquer. De diluer la lutte pour les droits politiques du peuple kabyle dans un projet qui nous épuiserait sans jamais avoir la moindre chance de voir le jour, car il empêche précisément la lutte pour l’édification des États maziɣ, seules entités capables de donner naissance à « Tamazɣa réunifiée ». Tandis que la seconde est une lutte pour recouvrer l’indépendance perdue au XIX par notre Nation. Les femmes et les hommes fidèles aux valeurs de Taqvaylit ont compris qu’il faut préalablement lutter pour la deuxième pour donner naissance à la première. Quant à la « démocratiser de l’intérieur » ce n’est qu’un leurre. Regardons les choses en face, elle est en train de nous transformer de l’intérieur !

Nous sommes quotidiennement la cible d’insultes racistes de plus en plus virulentes et décomplexées. Ces insultes stigmatisantes nauséabondes ne sont pas nouvelles, c’est leur ampleur qui interpelle. Observe bien jeunesse Nat Vuɣaradan, elles n’émeuvent personne en dehors de la Kabylie. Ces insultes sont le reflet d’une erreur faite pour réaliser un rêve porté par les nôtres au XIXe siècle : vivre ensemble dans le respect strict de la pluralité.  Il s’évaporait au milieu des années 1962, laissant apparaître la vision cauchemardesque projetée par d’autres. Nous sommes insultés publiquement parce que les personnes qui profèrent les propos racistes se savent protégées. Elles savent que le racisme antikabyle est autorisé, porteur politiquement car il participe du programme d’extinction de notre culture.

Les générations post-indépendance de Tamazɣa centrale, particulièrement les jeunesses des années 1962-70-80 ont toutes les peines du monde à s’extraire de la « mentalité de l’impasse ». Elles grandirent avec le bourrage du crane se résumant en une phrase : « le sacrifice consenti pour l’indépendance ». L’endoctrinement leur fait croire aujourd’hui que l’indépendance de la Kabylie leur ferait perdre un vaste et beau pays. Conditionnées dés leur prime enfance pour les rendre dociles à la politique qui leur avait interdit toute parole contrariant le pouvoir colonial, façonnées par le fatalisme et le renoncement, elles sont intellectuellement, politiquement et psychologiquement bloquées dans un logiciel dépassé. Un logiciel périmé d’une époque révolue depuis la chute du mur de Berlin. Elles sont en retard d’une lutte d’émancipation politique. Inutile de trop compter sur elles pour conscientiser les Kabyles à l’idée de fonder un État kabyle.

Regarde autour de toi jeunesse Nat Vuɣaradan, écoute donc le discours pessimiste, abdicateur, renonciateur de ceux qui ont manqué le printemps kabyle, en 1980. Ce n’est pas leur faute, nous n’avions pas de militants « berbéristes » connus et chevronnés pour conscientiser les nôtres. De loin, en puisant uniquement dans mes souvenirs, je vois les uns aveuglés et d’autres en retard d’un train. Ils minimisent le rôle des politiciens locaux dans l’arabisation et la salafisation, galopants, dangers mortels qui menacent l’identité de notre Nation. Ils les exonèrent de toute responsabilité historique devant le chaos qui nous quête. Ils s’attaquent à toute personne qui éveille les consciences sensibilisées Nat Vuɣaradan à s’engager pour l’indépendance de la Kabylie.

Ils ne peuvent pas expliquer leur opposition par un autre argument que celui du « vaste pays à perdre ». Il leur est inculqué depuis leur premier jour à l’école primaire. Lorsqu’ils sont priés de formuler leur position, en panne d’argument, ce qui est souvent le cas, ils invoquent les sacrifices de la guerre d’indépendance. À croire que les sacrifices ont été faits pour permettre et faciliter le sacrifice de Taqvaylit. D’ailleurs n’est-ce pas ce qui se passe ? Taqvaylit n’est-elle pas martyrisée sur tous les plans et attaquée de toutes parts ?

Je ne peux pas fermer ma lettre sans invoquer le saccage de la stèle de Dda Lwenas. Que nous montre-t-il cet acte ignoble ? D’abord, le mépris pour les citoyens et les citoyennes Nat Vuɣaradan qui s’étaient déplacés en masse pour assister à l’inauguration de la stèle de l’homme noble. L’acte est aussi un clignotant rouge d’une alerte qui ne s’éteindra pas de sitôt et une tache sur l’honneur de la commune. Les raisons avancées pour expliquer le saccage de la stèle semblent trop simples pour ne pas cacher d’autres raisons, bien plus occultes. Son abandon en état de ruine durant des années, ensuite sa transformation avec l’accord des « autorités » locales en buvette et commerce de produits… illicites. Tout ceci n’est pas clair.

L’autorisation et le commencer sont l’ultime déshonore pour la commune et piétinement sans honte ni retenue de la mémoire du noble de Jerjer. Toute l’histoire reflète une complicité dans le saccage du lieu sacré. Les complices sont des « ambitieux » peu scrupuleux au service d’un pouvoir qui s’est donné un objectif depuis 1962 à anéantir le fait kabyle. L’effacer des mémoires.

At Vuɣaradan n’est pas un cas isolé, l’opportunisme et l’indignité s’expriment malheureusement en d’autres régions kabyles. Quand on combine l’avidité, le déshonneur, l’indignité et la lâcheté, cela donne le délitement moral atteint par les opportunistes locaux et d’ailleurs. Ces personnes qui ne songent pas à l’avenir de Taqvaylit ont adopté cela :  il n’y a rien de gênant à vivre dans une dictature lorsque l’on est le dictateur ou à son service, car ne l’on ne subit pas ses coups et on en tire avantage.

Ce sont des personnes sans scrupules qui servent de supplétifs moraux au cours politique imposé par le colonisateur. Elles sont consultées sur de nombreux sujets… triviaux bien évidemment, avant qu’ils ne soient mis en application en Kabylie pour nuire à l’image du peuple kabyle. Elles le sont en effet principalement sur la propagande pro coloniale.

L’indépendance de la Kabylie est la seule solution pour garantir un avenir à Taqvaylit. Elle serait une bénédiction politique pour l’Afrique. Elle le serait pour la mémoire méditerranéenne, sa préservation et son prolongement dans le temps. Même si le monde est toujours le même sur le plan politique, à cause de la sacro-sainte stabilité chère aux pays dominants. Même si la plupart des éditorialistes politiques concentrent leur écrit pour appuyer ladite « stabilité ». Il est évident que le monde qui s’améliore dans beaucoup de domaines est plus que jamais attaché à la pluralité et la diversité sous toutes leurs formes. Organisons-nous, donnons-nous les moyens d’atteindre notre objectif et ce monde-là nous aidera. Les Institutions internationales finiraient aussi par nous ouvrir leur porte.

Lire : La mémoire de Dda Lwenas est-elle piétinée à At Vuɣardan ?

Et aussi : Que se passe-t-il à Vuɣni (Boghni) ?

Firmus

Site kabyle

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