L’union de la Kabylie ou le trou noir de l’histoire.

Un acte répréhensible commis par ignorance ou inconscience avant d’être une faute a condamné, il est préalablement une leçon à recevoir. Une leçon transmise, retenue et assimilée conduit invariablement, intemporellement aux solutions, par conséquent à acquérir l’intelligence de ne plus reproduire ladite faute. De progresser.  

Nous sommes majoritaires à avoir enfin pleinement pris conscience de la tragique échéance qui attend le peuple kabyle s’il ne se dote pas d’un État indépendant. Nous sommes plus nombreux encore à savoir que l’objectif d’assurer la pérennité de Taqvaylit par l’indépendance politique ne sera jamais au grand jamais atteint si le peuple kabyle partait à sa conquête, subdivisé en mouvements inconciliables. Pour aboutir à ces deux constats, nous avons manifestement suivi un long cheminement et parcouru un interminable détour.

Nous avons mis beaucoup de temps à admettre le premier constat comme vrai, car la compréhension de nos errements devait probablement se situer hors du champ de nos réflexions. Quant au deuxième constat, nous le savons depuis longtemps talon d’Achille de notre peuple. Nous connaissions la solution à lui appliquer, mais nous n’avions jamais jeté les bases d’une organisation politique kabyliste pour la réaliser. Chose faite depuis la création du M.A.K.

Aujourd’hui, les deux constats sont les plus précieux acquis politiques et intellectuels que nous ayons obtenus ces dernières années. Ils nous fournissent des réflexions intellectuelles pour estimer correctement les positions politiques en adéquation avec les intérêts supérieurs de Taqvaylit.

La première position est une condition obligatoire pour construire un État kabyle. Elle implique l’union politique. Sans union politique, ce n’est même pas la peine d’espérer atteindre le moindre de nos objectifs politiques. Sans union politique, le peuple kabyle verra fatalement son existence s’écrouler devant lui et ne pourra rien faire pour se sauver, car la désunion l’aurait complètement désarmé, affaibli, déséquilibré comme jamais il ne l’a été auparavant.

Quel que soit l’endroit d’où on regarde la désunion politique, chaque direction d’observation indique avec l’exactitude d’un théorème mathématique la disparition de notre peuple. Et la réponse pour éviter ladite disparition reste identique dans toutes les directions que l’on interroge avec un minimum d’honnêteté intellectuelle pour trouver une solution : union politique.

L’erreur majeure commise par notre peuple, aux ramifications historiques désastreuses, est connue de nous tous : la désunion. Depuis 2001, des efforts considérables sont produits pour la corriger. Résultat ? Nous observons un exceptionnel élan vers l’union. Nul mouvement, aucune entité kabyle n’a le droit de casser l’élan et de prolonger ainsi les méfaits de l’erreur, cela serait un acte criminel que la Nation kabyle devrait sévèrement punir, d’autant, nous avons les solutions pour la corriger et d’inverser de sorte la courbe négative de notre histoire.

Les autres erreurs majeures sont trop complexes pour être exposées en détail dans ce texte à l’espace limité. Néanmoins, elles peuvent se résumer ainsi : tout en long de son parcours notre peuple n’a jamais trouvé un équilibre politique pour envisager des frontières délimitées et militairement surveillées. Il n’a fait que survivre et jouer quelques rôles ici et là, ce n’a jamais été les premiers rôles, rarement les seconds, souvent les troisièmes, c’est-à-dire, il a servi de simples soldats de conquête sur les champs de bataille dirigés et menés par ses conquérants.

Les événements découlant de décisions politiques, même fortement séparées par le temps sont intrinsèquement liés, car l’Histoire n’est pas fragmentaire comme peut le croire notre univers mental dualiste et façonné par une pensée fragmentée. Les faits marquants de l’histoire ne surgissent pas brusquement du néant sans rapports étroits entre eux ni aucune relation avec les événements du passé, au contraire, ils sont interreliés d’une façon que nous ne concevons pas souvent.

Pour isoler une période dans le temps, depuis le XIVe siècle nous avons expérimenté différentes formes politiques sans jamais avoir notre mot à dire parce que nous étions sous colonisation. Du milieu du XXe siècle à sa fin, nous avons envisagé tant d’hypothèses sur notre existence pour fuir la réalité amère, avant de nous résoudre à l’affronter et de mettre les mots appropriés sur notre statut : toujours colonisés. Les mots donnèrent forme à la Kabylité moderne. Ils nous firent entrer dans l’un des rares moments dans notre histoire nous permettant l’élaboration d’un discours politique unificateur. Un discours politique kabyliste articulé autour des arguments validés par notre histoire, notre expérience politique ; par aussi notre la volonté d’édifier un État kabyle pour vivre enfin libre et indépendant.

Le kabylisme est la position qui a permis de stabiliser la trajectoire politique chaotique de notre Nation et de faire redécouvrir aux Kabyles qu’ils sont un peuple. À partir de là, la solution pour pérenniser Taqvaylit s’est révélée automatiquement à nous. Allons-nous faire machine arrière pour replonger dans le schéma d’autan où les Kabyles ne s’envisageaient pas en peuple, mais en un agglomérat de clans opposés les uns aux autres ? Allons-nous compromettre l’avenir d’un peuple pour des querelles sans lien aucun avec les positions politiques et la pratique classique, naturelle, de l’art oratoire ? Allons-nous sacrifier la chance de la Kabylie d’accéder au rang d’État indépendant pour satisfaire nos insignifiantes personnes ?

La valeur d’un acte se mesure aux résultats qu’il apporte.

Nous avons affirmé plus haut la chose suivante : nous connaissons l’ensemble des erreurs majeures commises par notre peuple. Nous sommes la génération qui non seulement ne doit plus les reproduire, mais aussi, et surtout qui a le devoir historique, moral, intellectuel, politique, de leur appliquer les solutions que nous connaissons effectivement. Nous avons des exemples précis des comportements à encourager et de ceux qui sont à bannir.

Peut-être, nos ancêtres n’avaient pas le recul nécessaire pour comprendre les conséquences historiques et politiques de certaines erreurs. La science, la philosophie nous apprennent que les questions pressantes ne trouvent pas toujours en temps voulu toutes leurs réponses, tant s’en faut. Parfois, il faut attendre des siècles pour les trouver. Tout comme l’histoire indique que les rapports entre les décisions politiques prises à des époques différentes se voient de manière frappante sur la table de matières de l’histoire d’un peuple où s’inscrivent la continuité historique, l’interconnexion des événements et la cohérence des résolutions entreprises.

Nous avons actuellement deux mouvements politiques. Que l’on soit d’accord ou pas avec l’affirmation, cela ne change en rien la situation politique. Nous pouvons à la rigueur la regretter. Quelles raisons sont-elles derrières la création du deuxième mouvement ? La question s’ouvre sur deux possibilités : volonté kabyle ou manipulation du colonisateur, l’avenir nous fournira probablement la bonne réponse. En vérité, ce n’est pas au niveau de cette question que se situe l’enjeu crucial pour la Kabylie. Il est plutôt dans la réponse à cette autre question fondamentale : sont-ils capables de fonctionner comme les deux bras d’un même corps agissants pour le bien-être de la personne qui les possède ? C’est ce fonctionnement qui est exigé par les intérêts supérieurs de la Kabylie. Je n’aime pas me montrer martial, mais parfois les choses le revendiquent elles-mêmes, tout autre discours irait à l’encontre de la liberté et de l’indépendance politique du peuple kabyle. Tout autre discours est absolument faux. Il est diviseur et au service du colonisateur.

Les deux mouvements ne s’accordent pas sur certains points, ceci ne relève pas un souci insurmontable ni synonyme de conflits, sauf si leurs responsables respectifs souhaitent aux gros bras. La divergences est le train-train de la politique. La convergence est le signe d’une maturité politique, intellectuelle et la volonté de servir un peuple, surtout comme le nôtre en danger de disparition. S’ils ne trouvent pas un terrain d’entente pour aller unis vers les Institutions internationales qui gouvernent le monde et leur parler d’une seule voix, elles nous claqueraient littéralement les portes au nez, comme on le fera à un vulgaire vendeur de tapis. Elles nous demanderaient d’aller réviser un peu nos classiques avant de revenir les importuner.

Le désordre politique s’installe naturellement parmi les peuples sans État quand les sujets essentiels sont livrées à l’indiscipline, l’incompétence et l’ego des responsables politiques. En ces cas l’anarchie tend à augmenter automatiquement et un tel peuple est placé par ses responsables sur une pente glissante. La vigueur d’un peuple en lutte pour sa survie tend à diminuer mécaniquement lorsqu’il est désuni politiquement. Pour s’en apercevoir, il suffit de comprendre pourquoi tant de peuples ont sombré dans le trou noir de l’histoire. Effectivement, les modèles pour illustrer les conséquences d’une cassure de l’élan kabyliste par des ambitions individualistes ne manquent pas. Et de sa cassure, notre peuple ne s’en remettra jamais. Il n’y aura pas Kabyles pour condamner les coupables, mais l’histoire sera toujours là. Elle nommera les faits, les événements et les personnes responsables d’un rêve brisé en mille cauchemars.  Alors responsables politiques Kabyles, souhaitez-vous sauver votre peuple ou bomber le torse devant les vôtres ?

À lire : Gouvernement kabyle d’union nationale.

Et aussi : l’union politique : condition pour la survie de Taqvaylit

Firmus

Site kabyle

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