Que se passe-t-il à Vuɣni (Boghni) ?

Voilà une région de Kabylie qui a tout pour devenir un bastion indépendantiste imprenable. Pourtant, le M.A.K-Anavad rencontre toutes les peines du monde à se structurer. Il lui est difficile de trouver des personnes pour créer des sections dans les communes de la région. Ce qui est totalement incompréhensible, en effet nous avons des centaines de militants et de militantes indépendantistes repartis dans la région. Alors que se passe-t-il ? Comment expliquer ce problème ?

L’arabisation de certaines des rues de Tizi-Wazzu ne peut s’expliquer uniquement par l’implantation des populations arabophones dans la ville. Raisonnement trop simpliste à mon goût. De même, tous les fléaux déversés à petites doses depuis années sur les villes kabyles : l’insécurité, la drogue, l’alcool, la prostitution, l’aliénation salafiste, la corruption des consciences, ne peuvent à eux seuls expliquer l’incapacité du M.A.K à s’installer dans la région de Vuɣni ou les autres régions. Effectivement, Vuɣni n’est pas un phénomène isolé. D’autres territoires de Kabylie ne sont pas investis par le M.A.K-Anavad malgré la présence d’indépendantistes. Les services qui déversent les fléaux sur la Kabylie, font leur « travail » de sape avec minutie. Ils ont juré d’en finir l’âme kabyle. De diluer notre identité dans la civilisation qu’ils servent avec zèle.

Les fléaux ne cesseront pas de s’abattre sur la Kabylie. La drogue, la prostitution, la corruption, le salafisme, etc., se déverseront davantage au Pays Kabyle et atteindront bientôt tous ses petits villages jusque-là épargnés. Le colonisateur est déterminé à sacrifier quelques générations kabyles pour atteindre son objectif : arabisation et salafisation. Concernant les populations arabophones qu’il installe en Kabylie en appui à son objectif, si elles réussissent à arabiser un quartier, une ville en peu de temps, alors chapeau bas. En moins, cela nous donne un aperçu en direct sur le processus d’arabisation des Mazɣ. Nous n’avons pas à les condamner ni à les insulter, le racisme est le sentiment le plus vil qui puisse naître dans un cœur humain. Nous avons à nous demander pourquoi sommes-nous aussi facilement arabisables ? Pourquoi sommes-nous incapable de faire l’inverse, c’est-à-dire de kabyliser les populations qui s’installent chez nous ?

Une coordination M.A.K-Anavad a été installée le 13 mai 2017, mais sa voix est inaudible. Les sections auxquelles elle devrait y consacrer toutes ses forces ne voient toujours pas le jour. Effectivement, la situation ne s’est franchement pas améliorée depuis l’installation de la coordination. Je ne suis pas impatient, juste la situation urge ! Est-ce que la nomination d’un président, certes, un enfant de la région, motivé, volontaire toutefois résidant dans une autre ville située à une cinquantaine de kilomètres, ne fut-elle pas une erreur ? Probablement. Personne de censé ne peut remettre en question la volonté du président d’aider le M.A.K-Anavad à s’installer en sa région natale, cependant, il serait judicieux de passer le relais à une personne qui vit dans la région. Quant à lui, à mon sens, il militerait plus efficacement dans sa ville de résidence au lieu de faire d’incessants allers-retours. Le travail du terrain se fait au quotidien là où nous vivons. Cela relève du simple bon sens. La question relative au lieu de résidence doit se poser, à la hiérarchie politique de trancher. Elle a un regard panoramique que l’auteur du texte ne possède peut-être pas. Pour moi, nommer une personne ne résidente pas sur place, cela reviendrait à nommer une personne vivante en Occident par exemple.

Même s’il est révolu le temps où la majorité des Kabyles n’était pas consciente des enjeux historiques auxquels nous étions confrontés. Nous ne pouvons pas comprendre la situation de Vuɣni, si nous ignorons que les mouvements culturels berbères avaient délaissé la région. Ils n’avaient pas fait le travail du terrain essentiel pour la sensibilisation qui aurait fourni le terreau sur lequel auraient poussé les idées berbéristes donc des militants et des militants en nombre élevé. Les partis dits Kabyles, en l’occurrence le R.C.D et F.F.S, reproduisirent la même erreur, en effet entre 1990 et 2017 ces deux partis ne présentèrent jamais des têtes de liste aux différentes élections nationales et régionales : APW/APN, issues de cette région. Ce qui a fini par démotiver les militants de Vuɣni. Aujourd’hui, en n’investissant pas politiquement la région, la hiérarchie politique du M.A.K reproduit les mêmes erreurs que lesdits mouvements qui n’avaient pas réussi à susciter un engouement berbériste dans la région. Et les partis politiques qui finirent par décourager les plus déterminés et engagés. Pour finir, ne faut-il pas à l’avenir compter dans l’organigramme des coordinations M.A.K-Anavad un cadre par région ? Un cadre capable de présenter une photographie détaillée des forces en présence dans sa région.

Le confort intellectuel pousse souvent nos fainéants de l’esprit (élites instruites) à commettre une grave erreur d’analyse qui consiste à affirmer : « parce qu’ils sont kabyles, pas la peine de leur expliquer, ils sont naturellement conscientisés ». Le prolongement de cette monumentale aberration a des conséquences immenses dont nous pouvons observer concrètement les effets dans la région de Vuɣni. Sensibiliser une personne à un problème est une chose. La conscientiser aux solutions en est une autre. Vaincre ses réticences et la convaincre de participer à l’application des solutions est l’étape la plus difficile à lui faire franchir. C’est cette étape-là qui n’est pas conjointement, unanimement, identiquement franchie en Kabylie. C’est au M.A.K-Anavad qui revient le devoir de le faire. Et aux élites instruites souverainistes d’investir ce terrain.

La situation de Vuɣni suffit à nous rappeler que l’inaction politique et les erreurs répétitives ne sont jamais bien loin de la tragédie que connurent nombre de peuples à jamais disparus sans savoir qu’ils étaient sur le point de sombrer corps et biens dans le trou noir de l’histoire. Cette situation nous commande de lire et le relire les pages de notre histoire pour assimiler notre parcours et connaître ses moindres embûches. Les pages nous enseignent que notre peuple est enlisé de longue date dans les travers de l’histoire humaine et ne s’est jamais donné les moyens politiques de s’en extraire. Il n’avait pas complètement assimilé que les relations normales entre les humains, c’est la bienveillance, l’amitié mais aussi l’hostilité et la domination autrement il aurait délimité son territoire par des frontières diplomatiquement reconnues et militairement surveillées. Nous ne saurions pas actuellement coloniser par un État inventé, mais libre et indépendant.

Un peuple qui ne connaît pas ou plus son histoire est un peuple intellectuellement, psychologiquement vaincu. Un peuple qui renie son passé est un peuple qui a un présent malade qui mènerait son futur à sa perte. Un présent qui ne l’orienterait pas vers un futur précis, mais vers des destinations imprécises et emplis d’incertitudes. Un tel peuple n’est pas protégé d’une disparition soudaine même si ses forces impressionnantes de puissance lui laissaient croire le contraire. Effectivement, il ne faut pas penser que seuls les peuples minoritaires et sans États disparaîtront dans les temps à venir. D’autres peuples, actuellement dotés d’États vont assurément précéder les peuples qui sont opprimés sous les yeux d’un monde qui regarde ailleurs pour ne point voir les injustices qu’il devrait résoudre pour appliquer la philosophie du vivre-ensemble planétaire qu’il prône et indique comme une avancée décisive de la civilisation humaine.

En guise de conclusion. Pour un peuple, il est bien de manières différentes de faire jaillir la lumière de l’histoire pour éclairer le présent d’un rayon émancipateur et libérateur. De même, autant de façons de plonger dans l’obscurité, disparaître sans distinguer la raison fatale et le moment où son existence, elle se clôt définitivement. Ainsi, pour retracer et comprendre les luttes d’un peuple pour arracher ses droits politiques, il est fondamental de se pencher sur ses actions passées pour tirer les leçons et regarder frontalement son présent pour observer si elles sont retenues. En effet, tous les événements laissent des faits à lire dans la mémoire collective des peuples, surtout ceux en luttent pour leur indépendance politique. Ces faits expliquent souvent les problèmes et les réussites d’une lutte politique, sinon donnent les codes pour le faire.

Le M.A.K-Anavad a-t-il retenu toutes les erreurs fondamentales commises par le peuple Kabyle ? Et se donne progressivement les moyens d’appliquer les solutions extraites des leçons. Le futur proche répondra à la question. Les régions qui ne sont pas encore politiquement structurées par le M.A.K-Anavad doivent être vues comme une étape importante dans le mouvement d’émancipation politique de notre peuple.

Firmus

Site kabyle

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