L’uti Possidetis juris « principe de l’intangibilité des frontières » : une application à géométrie variable sur le continent africain

Il faut rappeler que le principe de « l’intangibilité des frontières » connu également sous le vocable uti possidetis juris, locution signifiant « Vous posséderez ce que vous possédiez déjà », a connu sa consécration dans la résolution de l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) au Caire, le 22 juillet 1964. Il s’agit pour les États africains d’un principe selon lequel, doivent être respectées et maintenues en l’état les frontières coloniales héritées, au moment de leur indépendance.

Ce principe qui à l’ origine devait être ponctuel et provisoire, le temps de mettre fin aux nombreux conflits de « frontières » et permettre aux nouveaux États issus de la décolonisation d’asseoir leurs autorités sur ces nouveaux espaces, s’est transformé en solution définitive. Cette règle coutumière d’application régionale, considérée comme solution pour le maintien de la paix a servi surtout à enfermer arbitrairement des peuples à l’intérieur des frontières tracées selon les intérêts coloniaux en ignorant toute logique de réalité anthropo-culturelle.

Comme un grand nombre de peuples africains, le peuple amazigh a subi cette injustice historique. Leurs territoires ont été démembrés, morcelés et décomposés à l’intérieur de ces nouveaux États. L’État algérien, à l’instar de la quasi-totalité des États africains, est un héritage reçu du colonialisme. Un État sans nation, mais déjà avec une carte géographique. Grand bénéficiaire du principe de l’Uti Possidetis, l’État algérien ne pouvait qu’en être le chantre d’un principe coutumier qui lui a octroyé un très vaste territoire. L’État algérien agit en Afrique en un sous-traitant de la politique étrangère de son ancien colonisateur. Sa diplomatie alterne les positions dogmatiques (intégrité et inviolabilité des territoires, intangibilité des frontières) et  des soutiens pour le droit de certains peuples à l’autodétermination.

Rappelant que c’est le même gouvernement algérien aux ordres de la France qui a refusé de reconnaître la proclamation par le M.N.L.A* de l’indépendance de l’Azawad en 2012, qui a affiché sa jubilation lors de référendum au SUD-SOUDAN et qui a soutenu et a œuvré pour un référendum en Érythrée en 1993. Les positions ambigües et incohérentes de l’État algérien suscitent des incompréhensions et des interrogations des peuples africains qui aspirent à s’affranchir des dogmes colonialistes.

En tant que Kabyles, nous devons plutôt nous en réjouir de ces controverses et des ambigüités de la diplomatie algérienne. En effet, la Nation kabyle qui aspire à la proclamation de la naissance d’un État kabyle souverain n’hésitera pas à renvoyer l’État colonial algérien à ses contradictions relatives au principe de « l’intangibilité des frontières » et à celui de droit à l’autodétermination des peuples. La Nation kabyle rappellera aussi à la « communauté internationale », qu’il ne peut y avoir deux poids deux mesures.

La Kabylie reprendra son entière souveraineté sur son territoire selon le principe de « l’Uti possidetis, Uta possideatis ». Elle le fera également en conformité avec les principes du droit international liés à l’autodétermination des peuples.

Le MAK-Anavad, qui vient d’adresser un mémorandum à l’ONU et aux différentes organisations régionales, se positionne en éclaireur intelligent pour les autres Nations et peuples africains enfermés dans des territorialités arbitraires, reçues en héritage du colonialisme des siècles derniers. Le MAK-Anavad doit à cette occasion mettre l’organisation panafricaine face à ses contradictions en formulant une demande d’adhésion de la Kabylie à L’unité Africaine. Il serait incompréhensible de refuser à la Kabylie ce qui a été accordé à la RASD*.

La Kabylie par sa lutte pacifique, intelligente saura déjouer tous les pièges que le gouvernement colonial algérien n’hésitera pas à lui tendre. La Kabylie indépendante n’est plus une utopie, mais un projet bien réel qui offrira aux autres peuples ostracisés et opprimés une nouvelle voie, un Modus operandi inédit dans leurs luttes pour reconquérir leurs souverainetés bafouées.

RASD : République Arabe Sahraouie Démocratique

M.N.L.A : Mouvement National pour la Libération de l’Azawad

 

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