Le continent africain du post-colonialisme à la décolonisation : Un processus historique inévitable ?

Le colonialisme de la fin du XIXe et début du XXe siècle a détruit la plupart des entités ethnoculturelles du continent africain en faisant des tracés de frontières sans aucun fondement sinon celui « de partage d’un gâteau » entre les différentes puissances coloniales.

Les frontières ont été tracées par des militaires sur les cartes géographiques sans même avoir mis les pieds dans certaines régions. Parfois, ils ont  eu juste à dessiner des lignes droites en faisant même fi des données  géomorphologiques . Les propos de Lord Salisbury, lui-même un des grands « partageurs du gâteau » africain se passent de commentaires : « Nous avons entrepris de tracer sur les cartes des régions où l’homme blanc n’avait jamais mis le pied. Nous nous sommes distribués des montagnes, des rivières et des lacs, à peine gênés par cette petite difficulté que nous ne savions jamais exactement ou se trouvaient ces montagnes, ces rivières, ou ces lacs »

Les mouvements de libération du début de siècle dernier se sont accommodés de ces découpages qui ont créé des nations factices sans aucune homogénéité. Pourtant, dans un souci d’efficacité, la structuration de ces mouvements de libération a bien pris en compte les spécificités régionales (c’est le cas du mouvement national algérien avec les six wilayas historiques).

À l’avènement des indépendances, les nouveaux ensembles géopolitiques hétérogènes et parfois antagonistes, avaient besoin de trouver rapidement des mythes fondateurs pour définir des nations en jouant sur de l’anticolonialisme primaire. C’est ainsi que « L’Algérie » optait pour une arabisation accélérée pour se défaire de la langue de l’ancien colonisateur et une islamisation à outrance, tout cela avec l’aide précieuse de « l’Égypte Nassérienne ».

Lors de la conférence des chefs d’État et de gouvernements de l’O.U.A (Organisation de l’union Africaine) au Caire en 1964, l’un des problèmes majeurs à régler étant les conflits liés aux tracés des frontières. En effet, il a été  recensé plusieurs conflits liés à la contestation des frontières dessinées par le colonialisme. D’autres conflits portaient aussi sur les frontières internes dans ces nouveaux états issus des découpages colonialistes. Il a alors été décidé, sous l’impulsion du groupe de « Monrovia » « le principe de l’intangibilité « des frontières en Afrique le 21/07/1964.Ce principe déclare que « tous les États membres s’engagent à respecter les frontières existantes au moment où ils ont accédé à l’indépendance ». Ce principe interdit donc aux États membres d’exprimer toute revendication territoriale ou de vouloir modifier le tracé colonial.

Pour les dirigeants africains, cet impératif concerne les revendications territoriales venues d’un autre État, mais vise aussi à étouffer les mouvements sécessionnistes venant de l’intérieur de nature à mettre en cause les frontières issues des indépendances.

Au moment de son adoption, certains dirigeants africains manifestaient leur désaccord .Ils sont connus sous le nom « le groupe de Casablanca ».

Le président de la Tanzanie NYERERE (1962 – 1985) a considéré que ce principe d’intangibilité des frontières est « une doctrine cynique dans son anti-universalisme selon laquelle le droit d’autodétermination ne pourrait être invoqué qu’une seule fois, à l’encontre des puissances colonialistes et, en aucun cas, à l’encontre des États décolonisés »

Bizarrement et contrairement à un processus historique normal ou un état passe d’une phase de « décolonisation » à celle de « l’après-colonisation », dans le cas du continent africain, le passage s’est fait en plusieurs phases : de la colonisation, au « néocolonialisme » (faux décolonisés), au post-colonialisme sans jamais atteindre le stade « après colonisation ».

La raison principale étant le néocolonialisme qui souhaitait la pacification et l’étouffement des conflits en apportant un soutien non désintéressé aux « faux décolonisés » qui présidaient aux destinées des nouveaux ensembles administratifs qu’il a lui-même créés.

Ce statuquo, représenté par l’intangibilité des frontières artificielles issues du colonialisme est en contradiction avec le droit international et les chartes des Nations Unies complétées par, entre autres, la déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux Résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale en date du 14 décembre 1960.

Quid de la question kabyle ?

Plus d’un demi-siècle après l’accès à l’indépendance des pays africains, les conflits liés aux frontières artificielles et ethnoculturelles n’ont pas cessé, est-ce malgré le principe de l’intangibilité et de l’immuabilité.

Les peuples sans états ont commencé à prendre conscience depuis la chute du bloc communiste et la disparition du mouvement des pays non alignés et l’organisation des 77… qu’il est nécessaire, voir vital, de parachever le processus historique de décolonisation vers des états souverains, indépendants et qui leur permettront d’exercer leurs pouvoirs sur des territoires homogènes géographiquement, politiquement et culturellement.

Le bon de sortie arraché par l’Érythrée en 1993 via un référendum qui consacre son indépendance par rapport à l’Éthiopie a ouvert une brèche dans le principe de l’intangibilité de 1964 et permet aux autres peuples sans états de dépasser un cadre politico-juridique rendu obsolète par la réalité du 21e siècle.

La Kabylie peut s’appuyer sur le droit international pour recouvrer sa souveraineté sur son territoire annexé arbitrairement par la France coloniale à sa création administrative hétérogène « l’Algérie ».

La géopolitique issue des nouvelles données du colonialisme a créé des états avec des antagonismes générant des conflits qui ne peuvent être résolus par de simples mesures de décentralisation du pouvoir.

L’Algérie a toujours agi avec la Kabylie en force postcoloniale comme en témoignent les événements de 1963 et 2001.

Le Peuple kabyle a pris conscience de son état de colonisé et il le clame sans détour et sans faux-semblants. Désormais, il sait aussi qu’il est nécessaire de disposer d’un État kabyle souverain, seul garant de la pérennité de sa langue, sa culture et tout son patrimoine matériel et immatériel.

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