Quelle démocratie pour la Kabylie ? (IV)

Le temps de la liberté.

En intériorisant ma kabylité et assimilant sa philosophie, j’ai pris pleinement conscience de ma singularité. En prenant conscience de ses fonctions de la singularité, complexe et primordiale, j’ai fait la rencontre du Kabyle en moi. Alors, j’ai perçu nettement pourquoi le Kabyle cause tant de cauchemars au régime algérien qui n’ignore pas que la kabylité, la liberté et l’esprit indépendant cheminent ensemble et alimentent l’intelligence.

À travers la kabylité, j’ai compris que la liberté est le respect du pluriel et la protection de la singularité. Elle est le chemin vers le savoir, l’intelligence, la curiosité raisonnée, la création, la science, la paix. Elle est innée pour toutes espèces mouvantes et se garde par des efforts constants. Elle ne se donne pas gratuitement et sans effort. Elle ne s’offre dans nul domaine et sphère. Elle ne se distribue pas à un guichet de l’ONU ni au bureau des ONG encore moins à la très sélective en cause juste : Amnesty internationale. En la perdant, pour une raison ou une autre, il ne suffit pas de la vouloir à nouveau pour la recouvrir par la volonté des cieux ou de celle des Institutions internationales. Il faut se battre pour elle. Se battre pour la gagner. Se battre pour la préserver. Se battre pour la garder.

La liberté est un don précieux et déterminant dans l’existence de tous les êtres vivants. Pour autant, elle ne signifie pas se comporter à sa guise, à contre-courant de la société par l’attrait de l’opposition et faire fi de la morale commune locale et universelle. Elle apprend à vivre telle que l’enseigne la kabylité : dans le respect du pluriel qui tire sa force du singulier. Le respect est un ingrédient essentiel pour toute interdépendance et interconnexion fructueuse, bénéfique et une coexistence humaine pacifiste.

Le respect indispensable pour la quête du savoir et ses multiples voies… Il est à la base d’une société harmonieuse telle que la Kabylité le prône et enseigne depuis siècles. Exemple parlant : une société kabyle sans prison ni condamnation à mort. Malheureusement, la kabylité n’eut point la possibilité d’expérimenter la voie de la science, de la production littéraire et immortaliser son raisonnement par l’écrit, car son peuple privilégia l’oralité et la handicapa en négligeant l’édification de la nation kabyle : la maison de la liberté.

Nous ne devons, sous aucun prétexte, autoriser quiconque à soustraire la liberté du terrain politique et priver la société de ses lumières. Autrement des efforts herculéens seront nécessaires pour sa réintroduction. Si elle est bafouée, il ne faut jamais cesser de lutter pour sa réinstauration. Quitte à consacrer des années à l’ambition. Quitte à traverser à la nage des océans peuplés de requins affamés. Car un peuple qui cesserait de la vouloir actionne les leviers de l’aliénation.

Le peuple kabyle.

Jusqu’à présent, au contraire de tant de peuples Maziɣ, le peuple kabyle préfère lutter contre les négationnistes plutôt que d’actionner les leviers de la guillotine et rejoindre le cimetière des fourvoyés. Le degré de haine suscitée par leur résistance et le racisme antikabyles furent révélés au grand jour par les méthodes employées au cours du massacre de 2001. Elles étalèrent clairement le fiel du régime colonial à l’égard de la kabylité, de la liberté, de la pluralité. Elles heurtèrent, meurtrirent, alertèrent la conscience kabyliste.

La politique raciste, l’exercice de la terreur et la ségrégation linguistique, économique, culturelle.… Sont des faits avérés qui parlent d’eux-mêmes. Un système politique enfermé sur lui-même incapable d’accepter la discussion plurielle, la moindre critique sans transformer l’interlocuteur kabyle en ennemi d’État. Un État qui se revendique arabe, fondé sur une terre maziɣe. Le peuple kabyle veut son État kabyle fondé sur une terre kabyle.

Le déferlement de haine de 2001, conjugué à la surdité de citoyens arabophones, pendant et après l’événement dramatique, refroidirent l’ardeur des Kabyles pour l’Algérie unie et indivisible mise sur rails à l’indépendance. Même l’Algérie unie et indivisible proposée par les modernistes, les démocrates ne dévient pas de la trajectoire de la version originale : dogme exclusif, pensée unique, nation unilingue. Leur vision ne laisse pas le moindre espace d’expression à la kabylité.

Les Kabyles demeurent à leurs yeux les vilains perturbateurs et quoi qu’ils fassent de grandiose pour ce pays, ils seront toujours accusés tant qu’ils se revendiqueront Kabyles. Ils seront toujours tenus à l’écart du cercle du pouvoir là où se prenaient les décisions d’avenir. Leur existence sera toujours combattue, car ils rappellent l’origine du pays. Ils rappellent aux individus qui souhaitent ardemment oublier qui ils sont véritablement.

Les aspirations du peuple kabyle seront toujours parquées à la périphérie du centre névralgique du pays. Les citoyens arabophones sont, dans leur majorité, réfractaires à l’exercer du moindre pouvoir politique par les leaders politiques d’origine kabyle.

C’est dans ce contexte que le réveille de la pensée politique kabyliste s’opéra. Elle amena le peuple kabyle à mettre en branle les enseignements de Taqvaylit. La solution viable et durable pour le futur s’imposa : un État kabyle sinon la disparition au bout. La perspective politique suggérée par monsieur Salem Chaker est matérialisée par la création d’un mouvement autonomiste kabyle. Cette date historique et l’initiative firent franchir un palier décisif au peuple kabyle.

Sans sondage à l’appui, je suis intimement convaincu : le projet d’État kabyle recueille l’adhésion de la majorité du peuple kabyle. Ma conviction va encore plus loin, avec leur action quotidienne, leur sens de la pédagogie, les militants et militantes du terrain finiront par convaincre le plus réticent des Kabyles et ramèneront le colonisateur à la table de la raison pour négocier une séparation à l’amiable. Peut-être que les hauts cadres des deux partis politiques dits kabyles : le RCD et le FFS s’opposeront à la libération de la Kabylie. Un chapitre sans concessions leur sera consacré.

Le consensus pour l’autodétermination politique, linguistique, économique, culturelle est authentique. Il ne demande qu’à s’exprimer. Pour le peuple kabyle, la souveraineté serait l’horizon qui lui apportera sécurité, prospérité et plus primordial : certitude de se perpétuer dans le temps. C’est un fabuleux défi historique à relever. Une épopée intéressante à vivre et à accompagner jusqu’à l’aboutissement. Manifestement rien ne serait facile. Les forces opposées à l’autodétermination disposent de moyens considérables et agissent à tous les étages pour lui nuire.

De toute manière, nous n’avons rien à gagner de l’attentisme. Rien d’excellent à espérer du régime algérien et ses affidés. Il poursuit sa petite vie tranquille, seule la haine lui fait penser aux Kabyles. Ils préfèrent voir la Kabylie comme un bateau sans capitaine, sans équipages, sans voiles, sans rames avec un gouvernail bloqué vaguant sur un océan démonté. Nous ne devons jamais perdre de vue que la répression sanglante pratiquée dans la panique et la fureur est le symptôme révélateur de ses profondes pensées pour la Kabylie. De rajouter pour situer ma vision : la panique et la fureur sont de très mauvaises conseillères, signe d’immaturité, d’inexpérience et par moments, comme c’est le cas de figure, elles reflètent le racisme archaïque. Nous avons juste un espoir à attendre de lui et une inclination à souhaiter : la raison et la séparation dans la paix.

Dix années se sont écoulées. La douleur assombrit toujours les visages ; les tombes témoignent du carnage. Beaucoup de progrès intellectuels, politiques, psychologiques ont été accomplis par les kabylistes. Il est temps de franchir un nouveau palier pour la souveraineté de la kabylité. Il est temps de se réapproprier l’indépendance traditionnelle et la pratiquer avec les normes contemporaines. Il ne s’agit nullement de grève générale, méthode complètement inefficace sur le long terme et inutile. Il ne s’agit pas non plus de force brutale, d’expression par les armes. Nous n’avons nullement besoin de recourir à la violence pour l’autodétermination.

La violence engendre toujours la violence, elle ne contribuerait pas à la résolution du déni identitaire. Elle nous enfoncerait dans un marasme gluant. Non, à la violence, même si, elle semble nécessaire pour attirer l’attention de la communauté internationale.

Un peuple en grève de la faim impactera plus fortement l’opinion mondiale qu’une action militaire spectaculaire. En effet, il s’agit de déclencher une lutte psychologique, à l’exemple de celle provoquée par Gandhi qui n’était pas un pacifiste mal éclairé, mais un nationaliste averti. Ce dernier mot est galvaudé, connoté, mais discipliné, humaniste, il libère les énergies. Je prône un nationalisme kabyle non violent. En clair, il est temps de préparer la désobéissance citoyenne (civile). Il est temps de mettre en place toutes les fonctions d’un État kabyle. Le succès de cette entreprise repose sur deux socles : principalement une détermination implacable à en finir avec l’instabilité politique en Kabylie. Deuxièmement : la création d’institutions politiques kabylistes.

Nous avons négligé l’avenir de notre terre. Nous avons versé des larmes chaudes sur son sort. Maintenant, il est grand temps de choisir un avenir et agir en conséquence : kabylité ou arabité sinon exil définitif. Si, comme l’indique la création du M.A.K, notre décision est la libération de la kabylité, en ce cas la suite est la création d’institutions, d’administrations pour accompagner le mouvement. Bien évidemment d’impôts pour financer l’ensemble, pour financer la Kabylie libre. Pour financer une école kabyle, institution de transmission de valeurs ancestrales, contemporaines et universelles. Donner une éducation contemporaine aux générations futures. Les éduquer dans la science, le savoir, très loin de toute influence religieuse ou de l’Éducation nationale en vigueur aliénante.

À mon avis, l’exigence d’indépendance est subordonnée aux réponses qui seront apportées à la proposition autonomiste. Pour la permanence de la kabylité, il n’y a pas de voie médiane. Il n’y a d’alternative crédible que dans l’une des deux options politiques : autonomie ou indépendance. La troisième solution est l’inadmissible dilution de la kabylité dans l’arabophonie. Je ne suis pas un anti-Arabe, si demain les Arabes se voient persécutés, leur identité bafouée, leur langue reléguée à l’arrière-plan, je m’élèverai contre l’agresseur. Toutefois, ils doivent comprendre que nous ne voulons pas abandonner notre identité. Nous voulons gouverner notre territoire celui-là même qu’ils nomment depuis longtemps : le Pays des Kabyles.

À supposer que la forme actuelle du régime ségrégationniste et dictatorial ; l’État unilingue plaît à merveille aux citoyens et citoyennes et régions arabophones. Très bien, j’en suis ravi pour eux, comme je suis convaincu de l’esprit bienveillant de la majorité d’entre eux pourvu qu’on leur laisse le soin de raisonner par eux-mêmes. Je pense qu’ils comprendront au moins en leur for intérieur notre volonté de construire notre avenir kabyle dans un État kabyle pour préserver notre identité. Ceux qui ne le « comprennent » pas sont simplement racistes.

La Kabylie demeure attachée à la géographie africaine du Nord héritée de la France. Le Kabyle ne souhaite nullement diviser la région. Néanmoins, elle ne se reconnaît pas dans l’Algérie actuelle. Elle ne voit aucun de ses traits sur son visage. En effet, qu’y a-t-il de Kabyle, de Chawi, de Chenwis, de Mezab, de Targui dans la république de Bouteflika ? Si nous défendons notre identité, notre culture, notre langue et notre existence, c’est parce que nous sentons qu’elles sont menacées. Si elles le sont, cela ne peut être que par une autre identité, une autre culture et une autre langue. Est-ce si difficile à comprendre ? Je réponds non. Alors ? Alors chacun sa conscience.

Le combat kabyle est limpide et porte un nom : liberté. Il est pour le droit, l’égalité homme, femme, contre la soumission, la volonté de domination. Il se mène pour le bien-être du citoyen, contre sa mise en esclavage, pour qu’il soit délivré de ses peurs, contre une société uniformisée par des lois absurdes masquant le mépris du citoyen kabyle derrière la façade d’un dogme et sa langue.

Les citoyens algériens, les forces politiques et religieuses du pays sont partie prenante dans le malheur de l’identité kabyle. Ils ont obligation d’entendre ses cris de douleur et lui répondre avec humanité. La Kabylie ne souhaite aucunement imposer sa volonté aux citoyens algériens. Il est juste temps de redresser une injustice flagrante : un peuple bafoué de ses droits élémentaires. Le temps est venu pour la Kabylie d’exprimer et d’appliquer sa volonté sur son territoire naturel. Le temps est venu pour le peuple kabyle de se gouverner, autrement son avenir est synonyme d’oraison funèbre. Citoyens, politiciens, religieux… Algériens êtes-vous disposés à être les complices de l’assassinat d’un peuple ? Avec le respect mutuel, nous n’aurions aucune peine à vivre et prospérer ensemble et sortir la région de son engourdissement mental.

Écrire à contrevent est une tâche sans agrément, cependant aucune considération ne m’induirait à taire la vérité : les instances politiques présumées représenter le peuple kabyle n’insufflent pas un mouvement d’adhésion massive et inflexible aux idées Kabylistes. Déterminer à ramer dans le même sens jusqu’à l’aboutissement d’un État kabyle.

Il est hors de question de déposer sur son dos toutes les mises en cause et s’en laver royalement les mains. La responsabilité est individuelle et collective. Elle incombe à tout le monde. Actuellement, la pluralité d’opinions est toujours la principale raison de la division du peuple kabyle. Ce qui est un signe de santé intellectuelle, ce qui devait être la force motrice est devenu la source de désunion et de désillusion. Une frange de kabyles rames vers l’Ouest, et est habitée par la conviction d’aider le berceau. L’autre rame à l’Est et est animée par la même pensée. Certains veulent rester sur place en songeant à la même perspective. Les trois forces s’activent pour influencer le peuple et pour devenir le pôle d’attraction.

Globalement, ils sont tous conscients de leur destin. Conscients de naviguer sur la même barque fragile, s’ils se frictionnent de trop, personne n’arrivera à destination et n’aidera le berceau, en effet, ils passeront ensemble par-dessus bord. En revanche, souder, sans renier ses idées ou l’autre imposer les siennes, la kabylité resplendira l’existence des générations à venir. Mais voilà, aussi vrai que les confédérations ne sont pas allées au bout de leur logique, à savoir se muer en royaume structuré, hiérarchisé. Les Kabyles connaissent les difficultés, les actions à mener pour les résoudre : la création du M.A.K, mais n’agissent rarement ensemble pour appliquer les solutions.

Les trahisons de son idéal de liberté et les déceptions qui soldèrent ses mobilisations et ses sacrifices monumentaux amenèrent le citoyen kabyle à devenir extrêmement méfiant à l’égard du monde feutré de la politique.

Il suffit de constater que le peuple kabyle n’est pas encore en mesure d’élaborer une stratégie, fruit de l’unité des forces plurielles, pour la reconquête de l’autodétermination traditionnelle, pour observer qu’il y a des efforts à accomplir pour extérioriser le sentiment et le reconceptualiser. Normalement, pour une unité permettant à l’individu de mieux vivre sa singularité, il ferait tout ce qu’il faudrait pour la renforcer. Le pire, nous nous sommes battus pour sa réalisation durant les années : Tamazighte à l’école. Toutes les erreurs sont étalées devant nous, unissons-nous pour la kabylité en Kabylie. Unissons-nous pour un État kabyle, une fois acquis, il donnera un champ suffisamment grand pour un échiquier politique élargi.

La kabylité prône le droit et la responsabilité individuelle et situe les intérêts de la nation dans la prospérité des citoyens et des citoyennes. Rien de mieux pour la définir qu’une métaphore inspirée d’une maison traditionnelle : chaque pierre est différente de l’autre et taillée pour soutenir la suivante et renforcer la précédente, son importance équivaut à celles des autres pierres, assemblées, elles donnent naissance à un abri pour un groupe humain, éparpillées dans la nature, elles perdent leur importance.

Une communauté rigide s’érode tel un champ abandonné, un individu isolé est une paille sur le lit de la rivière.

La dimension de la pluralité est normalement innée chez un Kabyle. Innée parce que la pluralité d’opinions est intégrée au droit à l’expression individuel et au devoir de l’assemblée villageoise d’écouter un locuteur, quel que soit son niveau social, intellectuel ou la raison de son intervention. Droit inscrit dans les gènes de la kabylité. Droit hérité d’une société d’apparence clanique, avec un patriarche au sommet garant de l’héritage, de l’égalité, la justice, etc. Cependant à regarder de plus près, la femme, l’homme avaient toute latitude de se mouvoir, de s’exprimer selon ses convictions et de préserver son espace particulier. Ce n’est que plus tard, devant l’offensive de la religion imposée que le système s’était déréglé. Toutefois Dieu merci, elle n’a jamais réussi à effacer le sentiment des cœurs et des esprits.

Quelle démocratie pour la Kabylie ? (I)

Quelle démocratie pour la Kabylie ? (II)

Quelle démocratie pour la Kabylie ? (III)

À suivre…

Firmus

Site kabyle

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