Mon âne m’a dit (Inna-y-id weɣyul-iw) Convocation à la brigade de gendarmerie

Je ne m’attendais pas de tout à recevoir une convocation pour me présenter à la gendarmerie, encore moins à ce qu’on me demande d’être obligatoirement accompagné par mon âne.

Aɣyul-iw ne semblait pas de tout impressionné et il avait même l’air de se réjouir de cet événement unique dans l’histoire : Un âne convoqué par ses ses  pairs  ! (il s’imaginait  déjà faire la une de toute la presse internationale).

Le jour J et à l’heure indiquée sur  la convocation, nous nous rendîmes à la brigade nouvellement inaugurée en bas de notre village . Il s’agit d’une première brigade de gendarmerie dans notre village depuis la pseudo- indépendance des autres et de notre vraie colonisation.

Les habitants du village se sont amassés tout le long de la route. Certains étaient là par curiosité, d’autres en connaissance des faits -ceux qui ont probablement déposé la plainte- et quelques uns qui pensaient qu’il y aurait une distribution de denrées alimentaires. En franchissant le portail de couleur verte kaki, mon âne a failli marcher sur un gendarme qui était sur le côté. Il faut dire qu’il était difficile à distinguer!. En effet, il était tellement chétif et filiforme à croire qu’il a été dessiné avec un crayon. Son uniforme de la même couleur que le portail, l’a transformé en phasme. Son visage est à peine assez large pour contenir deux petits yeux de la taille d’une olive noire et un petit nez (ils ont tous des petits nez dans les brigades de gendarmerie car en signant dans ce corps gras et ingrat, ils perdent leurs nif). Je me suis bien retenu de rire lorsqu’il a ouvert le petit trou oblique, qui  lui sert d’ouverture buccale, pour nous demander de lui montrer la convocation. Bref, il nous montra le bâtiment avec son petit doigt qu’il vient juste de retirer de son nez et nous voilà face à la préposée à l’accueil. Que dire? Je ne vais pas être méchant mais en la qualifiant de personne, c’est déjà un acte de générosité de ma part. Il m’est encore difficile de vous dire s’il s’agissait d’une femme, d’un homme ou un mixte des deux. En résumé, c’est juste un tas de merde posé à l’horizontal sur une chaise. Sa tête n’a été visible qu’une fois qu’elle a écarté ses gros seins de chaque côté .Elle ou il  nous a invité à nous diriger vers le bureau de leur chef.

Nous entrâmes dans le bureau ou une masse humaine occupait à elle seule 33% de la surface de la pièce . J’ai deviné qu’il était assis sur un siège à cause de sa fesse gauche qui débordait de 22,45 cm. Sa tête semblait vissée sur un corps sans cou. Sa bouche occupe exactement  81% de la surface de son visage . Au dessus de lui, est accroché un cadre avec une photo de Boutef IV debout. Mon âne a vite remarqué que sur la photo, il manquait le fauteuil roulant et allait le signaler au brigadier chef. J’ai tout de suite intimé l’ordre à mon âne de se taire pour éviter d’avoir une autre plainte pour atteinte au roitelet Boutef IV.

Le brigadier chef nous demanda de lui présenter nous pièces d’identité pour vérification. Moi, j’ai répondu que je possède bien une carte mais pas d’identité. Mon âne  répondit qu’il lui manquait juste ce papier pour pouvoir se présenter aux élections législative. Ce qui a fait rire le gendarme assis au coin de la pièce et qui tapait à une vitesse escargot  le texte du procès  verbal sur son clavier . Ce dernier, semblait souffrir d’une fatigue chronique et d’une mollesse aiguë. de  loin, on voyait bien qu’il ne disposait pas d’une colonne vertébrale.  En effet, j’ai appris plus tard, qu’il est né après une grossesse de 6 ans. Il a fallu une césarienne et une tractopelle pour l’extraire du ventre de sa mère et qu’il est parti à l’école dans l’heure qui a suivi son extraction, pour y arriver 10 ans plus tard. C’est pourquoi, il a été engagé comme gendarme et chargé de rédiger les PV des interrogatoires .

-Venons donc aux motifs de notre convocation, dis-je au brigadier chef.

-Une plainte a été déposée contre votre âne par vos voisins.

-Et qui est ce qu’ils lui reprochent exactement ?

-Des nuisances sonores répétées.

– Aɣyul-iw intervint alors pour nier les faits : Il m’arrive de braire comme tout le monde et encore ces dernières années, j’ai perdu toutes mes mélodies à causes des appels aux prières émis par les haut-parleurs géants de la mosquée.

-Justement, ce qu’on vous reproche c’est tes interférences avec le muezzin.

-Comment ça interférer ?

-Vos braiements sont synchronisés cinq fois par jour avec les appels aux prières. Cela peut être qualifié comme blasphématoire et puni d’une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 2 ans.

-Aɣyul-iw se met à rire à mâchoires grandes ouvertes à l’idée de se retrouver dans une cellule spécialement aménagée pour lui et il se voyait se faire servir à manger. . Le gendarme en forme de limace chargé de rédiger le PV, s’est mit à rire en ralenti lui aussi.

-Le brigadier chef continue son interrogatoire : Vous devez attendre la fin de l’appel à la prière avant de lancer votre braiement.

-Hors de question!  Je suis ici avant vous et avant ces salafistes. Ne dit-on pas en kabyle : nnan-as enṭaq a bab n w awal, inna-yas : izwar bab n w akal ?.Ce n’est certainement pas à moi un Aɣyul autochtone de céder face à vos iɣyal d’importation.

-Sais-tu au moins que dans notre sunna musulmane, ton braiement veut dire que tu as vu le diable et par conséquent, nous devons invoquer Allah à chaque fois ?

-Et quand je chie vous faites quoi ? Jmaɛliman, je vais augmenter au maximum la cadence de mes braiements et je ne céderais ni à vos intimidations ni à celle de ces islamistes. (Le brigadier qui tapait le PV, vient juste d’arrêter son rire qu’il a entamé depuis une heure.)

Bien entendu, nous n’avons pas signé le procès verbal car aux dernières nouvelles, il n’est toujours pas achevé(3 mois après) et nous n’avons reçu aucune autre convocation depuis. En cas de nouvelle convocation, nous vous tiendrons informés pour nous apporter votre soutien ! ___________________________________________

Toute ressemblance avec des lieux, des personnes ou des faits réels est totalement volontaire et non pas un pur hasard.

NB : Aɣyul-iw a donné son accord pour rendre public nos bavardages et nos aventures sous condition de ne mettre aucun mot entre guillemets. Textuellement, il m’a dit: si tu ouvres les guillemets alors tu fermeras ta gueule.

Une pensée sur “Mon âne m’a dit (Inna-y-id weɣyul-iw) Convocation à la brigade de gendarmerie

  • 10 janvier 2018 à 21 09 40 01401
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    Un véritable kabyle autochtone, cet Aghyul !
    Je me demande combien il en reste, de cette espèce…il faut le cloner au plus vite.!

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