Point de vue d’un indépendantiste.

Article publié en 2011. Je le republie ici pour ceux qui ne l’ont pas lu. Corrigé, revue ici et là. 

Je suis indépendantiste, car j’ai foi en l’intelligence du peuple kabyle. De même, je crois qu’il n’a aucune chance de se perpétuer s’il reste amarré à l’Algérie arabo-musulmane. Pendant longtemps, j’ai mis entre parenthèses ma conviction et appuyé l’autonomie en soutenant et en défendant le M.A.K qui a toujours ma sympathie. Dans cet article, je m’exprimerai d’une manière franche, sans concessions, avec l’indignation d’un indépendantiste pleinement conscient d’être colonisé.

Ma définition de la liberté d’expression ; de la liberté simplement, c’est le droit des uns à penser différemment des autres et à le leur faire savoir, car la liberté n’est pas fractionnable.

La politique du régime colonial d’Alger est foncièrement antidémocratique tout comme elle est le sommet de l’ignominie pour la mémoire collective sur le point d’être évidée de sa substance naturelle. Le faîte de l’infamie pour l’histoire abîmée par une altération maximale. Cette politique est tractée par deux considérations principales : conserver coûte que coûte le pouvoir pour terminer l’arabisation, primordiale aux cerveaux clonés qui gouvernent le pays voisin de la Kabylie. L’autre facteur, c’est le contrôle des richesses minières pour s’en mettre plein les poches ; distribuer des dividendes aux supplétifs et se procurer les moyens de parachever l’arabisation des citoyens, tout particulièrement des Mzab, des Touareg, des Ichenwiyenes et des Chawis qui s’agitent un peu ces derniers temps.

Quant aux autres îlots maziɣ en terre de Tamazɣa centrale, nous ne les entendons jamais protester. Ont-ils abdiqué ? Question qui ne cherche pas nécessairement une réponse, car elle est évidente : le dogme dominant a créé, depuis son règne sans partage, les conditions qui permettent une assimilation des moins déterminés des peuples maziɣ. Et dernier paramètre essentiel pour le ségrégationniste : accélérer l’arabisation de la nation kabyle colonisée depuis 1962, en vampirisant l’esprit de son peuple, et en falsifiant à outrance son histoire, en s’assurant au préalable la complicité d’une « élite » collaborationniste par opportunisme.

Si l’on se réfère strictement à l’histoire de l’Afrique du Nord, la Nation kabyle a expérimenté – tout comme les précités – un fait historique singulier : une double colonisation simultanée sur au moins deux périodes coloniales : turque et française. Même si sous l’Empire ottoman, la nation kabyle jouissait encore d’une relative indépendance.

Du XVIe siècle au XIXe siècle la Kabylie a ainsi expérimenté la colonisation turque et la tutelle arabo-musulmane. De 1857 à 1962, elle était sous domination française et tutelle arabo-musulmane. Tutelle qui remonte à la colonisation arabe musulmane à partir septième siècle. Bien que la Nation kabyle ne fût islamisée que relativement tard.

Puis de 1962 à nous jours, sous colonisation de Tamazɣa centrale. On me rétorquerait bien évidemment que les royaumes musulmans du VIIe au XVIe siècle étaient berbéro-musulmans. Je répondrais têtu comme une pierre ronde de nos rivières desséchées que les berbéro-musulmans ont accouché de berbéro-arabo-musulmans transmutés en arabo-musulmans farouches anti-berbéro. Le O est le prodrome du zéro, cela rime n’est-ce pas ? On me reprocherait même la “tutelle” qu’il faudrait remplacer par “influence” terme plus diplomatique.

La manière la plus commode pour le régime colonialiste d’Alger de parvenir à se maintenir sans trop d’affrontements avec le colonisé ; sans risquer de déclencher une insurrection armée irréversible, est de recruter des baronnies locales, véritables tyranneaux grassement rémunérés, surtout par le contrôle analogique des denrées alimentaires, des marchandises de première nécessitée, des dividendes moujahidanesques sans cesse revalorisés et les postes administratifs de haut rang. En échange, les feudataires court-circuitent toute contestation au régime ordonnateur ; découragent toute résistance organisée, en usant de moyens où la morale la plus basique est proscrite, répudiée pour utiliser un vocable inestimable pour les soumis de tout acabit.

Durant des décennies, cette approche a permis au ségrégationniste de contrôler le territoire kabyle, avec un nombre réduit de représentants de (l’in)sécurité. Troupe composée essentiellement de gendarmes, de policiers, de mouchards trabandistes et de délateurs rémunérés, le tout supervisé par des éléments de l’infâme S.M (Sécurité militaire) de sinistre mémoire. Il s’épargne ainsi de mettre trop de pression, à visage découvert, sur le peuple kabyle. En effet, il a une peur horrifique de la conscience politique des Kabyles. Je peux aisément extrapoler et affirmer que dans l’organigramme du bureau des manipulations, la section de la politique de « querelles de clocher » occupe une place prépondérante dans l’espoir de pousser, à doses homéopathiques, les citoyens de la Kabylie à se retourner les uns contre les autres pour épuiser leurs énergies dans des luttes intestines. Car l’union kabyle sonnera fatalement le glas de l’occupation de leur pays et aura des répercussions bien au-delà de ses frontières. Au vu de la situation politique prédominante en Kabylie, nous pouvons écrire que le « bureau » est sur le point d’atteindre l’un de ses objectifs : la salafisation de la Kabylie, voie royale vers l’arabisation. Sauf si…

Nous ne pouvons occulter un point d’importance : le comportement prédateur de l’« élite kabyle ».

Il n’est pas question de jeter l’opprobre sur toute l’élite kabyle, qu’elle soit intellectuelle, économique, politique. Des érudits comme mas Salem Chaker ou massa Malika Baraka méritent notre respect et toute notre considération. Ils sont initiateurs de l’idée autonomiste portée depuis 2001 par monsieur Ferhat Mehenni, ainsi que tous les anonymes qui affrontent par le verbe la meute abrutie par les incantations obscurantistes. Dans notre analyse, nous devons aussi tenir compte de la barbarie de l’occupant qui empêche certains citoyens de s’engager par crainte pour leur famille et celle de perdre leur emploi. Le combat politique kabyliste est nouveau en Kabylie.

Depuis toujours, chez toutes les espèces animales, encore plus chez le mammifère dominant : l’humain, c’est l’instinct de survie qui s’actionne devant l’urgence. Devant l’asphyxié économique, un appareil bureaucratique structuré pour rendre la vie aigre à l’existence, le citoyen kabyle, qu’il soit cérébral disqualifié par le système, simple manuel exploité ou chômeur impécunieux, s’arrange du mieux qu’il peut pour subvenir aux besoins triviaux de sa famille.

Le comportement du colonisateur en territoire kabyle est brutal, cynique et inique. La réalité de l’existence est plus horrible que nous ne la supposons. La détérioration de l’économie s’est accrue ; la paupérisation du début des années 1990 s’est brutalement accélérée et se traduit par des conditions d’existences déplorables. La multiplication des suicides, la prostitution, la délinquance rendue possible par le chômage de masse ; la perte de repères, et bien d’autres phénomènes ont phagocyté, noyauté, pollué le mental, l’éducation kabyle.

Ici, nous parlons de l’élite collaborationniste par opportunisme qui fait bombance avec les forces d’occupation. De cette élite qui occupe des postes importants dans l’administration coloniale et n’hésite jamais à bafouer l’honneur des Kabyles pour plaire au maitre ; de cette élite qui a troqué sa respectabilité, son rôle d’éclaireuse, de guide, contre les récompenses et se complaît dans l’indifférence, le mépris du « petit peuple arriéré ».

De cette élite sans scrupules et arrogante ; de l’élite islamique qui déroule le tapis vert à l’arabisation du peuple kabyle. Cette élite religieuse, fantoche souscrivant de plus en plus aux fables d’une idéologie salafiste mortifère ; une élite prise dans les rets de l’idéal puritain musulman d’où elle ne veut point sortir un instant pour découvrir les défis d’un monde en perpétuel mouvement. Une élite préférant le rôle de lampiste d’une idéologie déprédatrice et impérialiste ayant la vocation d’imposer ses prétentions par tous les moyens y compris la violence, le déni des réalités historiques, la négation de l’individu, entité souveraine.

Nous parlons aussi de l’élite prétendument laïque, démocrate, séculaire néanmoins embarquée dans le vaisseau de l’aliénation de l’histoire, de la culture et langue Kabyle, du déni des droits fondamentaux d’un peuple multimillénaire.

Firmus

Site kabyle

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