Tamazight et la politique.

Par Kader Akerma.

-Que faisiez-vous au temps chaud ?

-Nous diplômions, ne vous en déplaise.

Si l‘enseignement n’a pas gagné en qualité, reconnaissons au moins que c’est pendant ces 20 années de « tamazight di lakul» qu’il y a eu le plus de diplomation dans les langues amazighes. C’est dire que la corporation était occupée ! Cela fait penser aux rois mérovingiens qui ont régné de 673 à 751.

Avant tout que personne ne se sente insulté d’être comparé à un roi fût-il mérovingien. Et puis, les universitaires sont les premiers à savoir que nul ne peut voir avec les yeux d’un autre. Et d’après Moïse les yeux sont des outils fiables pour les témoignages. Quand on traite de la chose publique, on ne peut censurer les regards.

Bref.

J’ai été surpris d’apprendre ces derniers jours que des hommes politiques kabyles (pour qui j’ai par ailleurs le plus grand respect) se prononcent pour l’adoption du « V» français dans la langue kabyle. Chaque Kabyle a bien sûr le droit de donner son avis sur le sujet qu’il veut, tout en respectant les « voix autorisées » dans les domaines qui ne sont pas les siens. Si on laisse chacun s’occuper de sa spécialité, les vaches seront bien gardées, c’est ce qu’on dit.

Mais qu’est-ce qui pousse donc les hommes politiques à se mêler de linguistique ?

La réponse est d’abord que personne ne s’occupe à trouver la solution à un problème s’il est déjà réglé, et que quand on vient à s’en occuper c’est qu’il est toujours sur la table, qu’il attend donc une solution. Peut-être que les  gens censés s’en occuper ne l’ont pas fait. Ce qui est apparemment le cas pour le «V»  et le «E» français, éléments d’un alphabet européen que l’occupation française nous a fait connaître à la pointe des baïonnettes, et que l’émigration en France essaie aujourd’hui de nous faire aimer, au nom du progrès, de la modernité, de l’avenir. Moi j’ai un autre nom pour ça, mais là n’est pas notre sujet.

La chose n’est d’ailleurs pas nouvelle chez nous : bien avant les Français, Allah, via ses soldats, ses mosquées, nous en a fait aussi avec le «TH», le «DH», le «ein» …, inclus dans le matériel oratoire conduisant au «jardin», le paradis promis en échange de l’occupation du pays par les asiatiques. Comme on le voit, il n’y a pas que  le «V» et le «E» français, il y a aussi les intrusions arabes. Pire que les bords des routes kabyles, la langue est bien polluée !

Et les Kabyles laissent faire ?

Avant on nous disait que Mammeri avait tout réglé. On était donc tranquilles, jusqu’à ce que «tamaamrit», mise à l’épreuve des bancs de l’école et de la littérature, montre son vrai visage. Il fallait se rendre à l’évidence : ce qui était pompeusement appelé «grammaire» n’est finalement qu’un bricolage. Qu’à cela ne tienne, les docteurs sont là, et ils sont en train de régler les problèmes. 20 ans passent, et voilà que les politiques viennent s’en mêler…

Une question : si le «problème» (celui du «V», du «E»…) n’a pas été réglé pendant ces 20 ans, à quoi donc étaient occupés nos docteurs ? A part les remises de diplômes. Peut-être au sujet qui occupait les chrétiens de Byzance ? Ou à l’étude de la terminologie : arusrid, udmavan, tinzaq, ayyaq, azyn ayyaq… Des sujets de savants par excellence !

Une deuxième question : si en 20 ans nos « spécialistes» n’ont pas acquis des lettres de noblesse, s’ils n’arrivent toujours pas à se faire respecter et à faire respecter tamaamrit, c’est la faute à qui ? À tamaamrit, aux maamristes, à personne, à tout le monde ?

Si ça continue sur cette lancée, les horizons s’annoncent bien sombres pour tamazight. J’espère que je me trompe.

Kader Akerma.

Firmus

Site kabyle

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