Déconstruire les mensonges et les manipulations.

La frustration peut nous faire tenir des propos malheureux pour ne pas dire offensants pour les oreilles sensibles qui les entendent. Humiliants pour les personnes qui les reçoivent. Toutefois, ils n’impactent pas l’ensemble de la société. En revanche les falsifications de l’histoire ; de la vérité. Les mensonges de masse et les manipulations à l’échelle d’un territoire, pratiqués par un État, non seulement impactent-ils l’ensemble de la société, mais aussi l’avenir de plusieurs générations. Ce sont autant de spirales négatives qui empêcheront leur l’intelligence de clore et les spolieront du droit à la réflexion autonome.

Par quel mystère un nombre important de personnes se retrouvent-elles à propager les mensonges responsables de tant de maux qui les accablent ? Quelle force est-elle capable d’exercer une telle influence au point de pratiquement régenter les intentions qui sont ce qu’il y a de plus libre en l’humanité ? La nature humaine est trop complexe pour prétendre qu’il n’en existe que l’exemple qui nous intéresse. En l’occurrence, un système politique qui a pris les règnes d’un pays la vielle même de son indépendance en exerçant la violence sur ses libérateurs et l’ensemble de ses habitants. Et le gouverne depuis par le despotisme. En prenant en otage son école et en investissant des moyens considérables dans la manipulation de masse et la répression de toute forme de liberté.

Quelques générations plus tard, s’est formée une société de soupçon réciproque, de mensonge malgré soi et de manipulation. Où beaucoup de personnes ne se donnent même plus la peine d’envisager un court instant un propos qu’elles recueillent comme potentiellement faux. Et de le passer à la lumière de la réflexion pour l’examiner avant de le transmettre à autrui. Elles deviennent ainsi l’instrument de leur propre manipulation. Elles voient bien ce qui leur arrive, mais se dupent elles-mêmes, pour ne pas admettre que les faits qu’elles perçoivent sont bien réels. Elles s’imposent, leur propre illusion pour continuer d’accorder crédit à tous ceux qui leur ont menti et malmené depuis l’indépendance de Tamazya centrale. Ils les ont même préparés très tôt à une vieillesse prématurée.

Comment peut-on réussir un tel exploit ? Tout d’abord faire l’inverse tout de ce que démontre l’histoire contemporaine. En effet, le plus sûr moyen de donner naissance à la révolution des idées et d’accroitre le progrès d’un pays est d’augmenter graduellement l’étendue de la liberté. À mesure que celle-ci s’étend, le niveau de vie de toutes les couches sociales se voit sensiblement amélioré. Ensuite, aveugler littéralement la raison qui a entre autres pour fonction de diminuer l’ignorance. Pour ce faire, étendre un voile de manipulation et de violence sur l’ensemble du territoire. Ainsi, au lieu de diminuer l’ignorance et de bonifier l’intelligence, d’année en année, la méthode procède inversement, elle augmente l’une et affaiblie l’autre de génération en génération. Couplée à une muraille fortifiée constituée de mille et un interdits qui rendent les citoyens et les citoyennes les plus fragiles inutiles à eux-mêmes, car dépossédés des facultés emblématiques de la liberté de conscience et d’expression, et suivent gaiement le troupeau sans s’interroger sur la destination qu’il prend.

Le résultat aboutit à une mentalité lacunaire à bien des égards. Le penchant pour la corruption économique, intellectuelle et la falsification des faits historiques prend une ampleur considérable et prévaut dans l’esprit de nombreuses personnes sur celui de la justice, de la vérité historique et de débat contradictoire. Nous connaissons les genèses de cet état de fait. Citons d’abord celle qui a ouvert la porte aux autres, depuis les années 1962, la justice relève de deux codes antinomiques. D’un côté, des lois écrites nulle part assurent l’impunité des mandarins de l’appareil politico-militaire. De l’autre, celles qui sont inscrites dans le marbre de la Constitution supposément pour défendre le citoyen et la citoyenne. Naturellement les premières prennent le pas sur les deuxièmes.

Contrairement à ce qui se fait en ce domaine sous des cieux cléments et propices au développement de l’intelligence où le rôle essentiel des lois est de solidifier les pactes qui lient les citoyens et les citoyennes entre eux. De garantir la liberté de chacune et de chacun. De déterminer en commun un cadre juridique à l’intérieur duquel les membres de la Cité se meuvent, entreprennent et débattent librement sous la protection des lois et conformes aux valeurs démocratiques, humanistes. Ici, elles furent promulguées, sans être fixé, pour satisfaire les délires d’une classe dirigeante et les intérêts très particuliers.

Cette mentalité modelée entre autres par les manuels scolaires d’une école toujours en retard de plusieurs siècles sur l’éducation en vigueur dans les pays qui ont le regard tourné vers l’avenir a pour objectif de perfectionner l’uniformité de pensée, d’entretenir les idées impétueuses des temps obscurs afin de pérenniser la forme de gouvernement qu’elle sert. Les idéologues de cette mentalité ne contraignent pas seulement les habitants de Tamazɣa centrale à vivre dans la crainte de manquer de tout ; dans l’expéditif et le provisoire durable pour les maintenir dans leur état de somnolence, mais ils exercent leur emprise directement sur les esprits, qu’ils modèlent à leur volonté, ce grâce l’école, à la presse, aux élucubrations des autoproclamés guides exclusifs sur le chemin de la divinité, aux obsessions des ultranationalistes sur les ennemis extérieurs et intérieurs…

Voilà à quelle mentalité nous sommes confrontés, nous qui luttons pacifiquement pour fonder un État kabyle parce que nous voulons vivre libres et indépendants. Et reprendre notre place dans l’histoire. Avec cette mentalité. La bonne foi qui doit régler la tenue d’un débat contradictoire est supplantée par la malhonnêteté intellectuelle. Elle laisse libre cours à l’infamie qui s’attache à la forme plus qu’à la chose elle-même et ne renverse toutes les notions de morale commune, de noblesse d’âme. La morale vulgaire prend le pas sur l’intelligence et déclame moult infamies contre les effets au lieu de s’en prendre aux causes. Accuse de mille maux les victimes au lieu de condamner les coupables.

Non seulement nous affrontons avec les armes du pacifisme un système politique forgé dans la matrice idéologique du despotisme qui a engendré cette mentalité. Mais nous faisons aussi face à des personnes qui ont abjuré leur kabylité parce que cette mentalité les a formatés à penser uniquement en termes de compte bancaire ou en position de vaincu sinon d’assimiler mentale. Ils sont incapables de ressentir l’injustice qui s’acharne sur le peuple kabyle depuis les années 1962 comme une atteinte à la dignité humaine.

Ils s’en fichent de savoir si notre peuple a le droit de gouverner sa patrie, comme tous les peuples libres. Ils s’en foutent de savoir si notre patrimoine immatériel ira à la rencontre des siècles à venir ou pas. Ils reprennent à leur compte la sémantique des ennemis irréductibles du peuple kabyle, par conséquent, ils font leur la pensée et les spéculations des idéologues de l’hégémonisme qui les emploie. Telles sont les raisons pour lesquelles l’abjuration de ces hommes et de ces femmes nous paraît criminelle.

C’est à l’histoire et à l’existence de notre peuple que nous sommes confrontés. Nous avons la matière grise pour déconstruire les mensonges et les manipulations afin de décoloniser intellectuellement et psychologiquement l’esprit kabyle. Nous avons une organisation qui ne fait pas seulement de la politique, mais s’attèle aussi à l’écriture de l’histoire. Voilà pourquoi, malgré les violentes tempêtes qu’elle a essuyées, elle est restée debout avant de s’ancrer profondément dans la terre qu’elle défend et se structurer solidement. Nous ne manquons pas de militantes et de militants courageux et déterminés qui concourent à la pérennité de Taqvaylit. Toutefois, nous avons encore de nombreux problèmes à résoudre. Celui qui nous cause le plus de contraintes est le manque de moyens financiers.

Firmus

Site kabyle

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :