Témoignage pour l’Histoire. (I)

Indépendantistes ou autonomistes, nous étions forts nombreux à nous opposer à la création d’un autre mouvement politique kabyliste. Tout particulièrement durant la décennie suivant la création du M.A.K. Il ne s’agissait indiscutablement pas de pensée unique comme le prétendaient les « dissidents », les pourfendeurs, les mécontents, les racistes et les parasites, mais de donner le temps à Taqvaylit politique de renaître de ses cendres. C’était cela la priorité absolue.

Pour atteindre cet objectif historique, nous avions besoin d’une seule organisation politique et entrer ensemble en résistance pacifiste. Evidemment, non pas en se contentant des manifestations de rue à participation massive, des rassemblements commémoratifs et des revendications culturalistes. Mais en nous organisons politiquement pour affirmer l’aspiration et la détermination de gouverner notre territoire selon nos valeurs en harmonie avec l’universel. Dire la résolution de ne plus subir l’histoire des autres et de fonder un État kabyle pour tracer et rédiger nos propres lignes d’histoires.

Nous avions aussi et surtout besoin de la mobilisation de toutes les compétences, à commencer par les plus éclairées, instruites et motivées, car un travail colossal nous attendait pour libérer les énergies, la parole et mettre un terme à la confusion où était empêtrée la lutte kabyle. Nous étions embourbés dans des difficultés sémantiques, cause et raison de bien d’incompréhension qui nous avait installés dans l’échec de penser la libération politique de la Nation kabyle.

Il était de notre devoir de participer tous ensemble, chacun à sa hauteur, au débat autour de l’idée d’un État kabyle. Et tous ensemble, chacun ses connaissances, questionner méthodiquement tous les sujets, briser tous les tabous, tourner la page de l’impasse « berbériste », identifier les différents points de crispations, apprendre à se penser politiquement et juridiquement comme peuple. Et construire ainsi la doctrine de base pouvant assurer la cohésion du combat.  Donner ainsi une cohésion politique, intellectuelle et idéologique à l’idée d’un État kabyle et lui laisser le temps de se développer à son rythme. La plupart des Kabyles finiront par y adhérer. C’est écrit dans leur tempérament.

Ce n’est pas une position qui remettait en cause le droit à la liberté d’expression pour le peuple kabyle. Elle ne dénonçait pas non plus le débat de pluralisme d’idée en faveur d’un bloc monolithique, sectarisme qui est aux antipodes de notre culture. Il va de soi que ces droits sont des acquis précieux de l’humanité auxquels souscrivent de manière globale et indivisible les militants et les militantes de Taqvaylit.

Simplement, aux tournants de l’Histoire, il faut savoir être au rendez-vous, penser à l’intérêt général et prendre naturellement les décisions appropriées pour peser avantageusement sur eux.  Il convenait de cesser de faire semblant d’ignorer sous quel régime vivait notre peuple, de nommer la ségrégation dont il était (est) victime et de prendre nos responsabilités devant l’Histoire.

Afin de se donner précisément une chance d’agir favorablement sur le cours de l’Histoire et fonder un État pour Taqvaylit et en finir avec la ségrégation. Il était primordial d’avancer tous ensemble dans l’ordre des priorités et des urgences. D’autant que le chemin à réinvestir était bordé de difficultés et pavé d’interrogations, après des siècles d’abondants.

Logiquement, le choix politique allant dans le sens de Taqvaylit et ses intérêts était d’épauler le M.A.K dans sa volonté de donner corps à une idée jamais portée auparavant par une organisation politique kabyle. Il fallait le laisser manœuvrer seul et librement sur le champ politique pour ne pas alourdir ses pas en lui collant sur le dos une organisation politique concurrente.

Les intérêts de Taqvaylit dictaient d’aider à le M.A.K à poser les bases d’une militance politique tournée vers l’indépendance politique du peuple kabyle. Ses intérêts étaient aussi de semer, chacun de nous sa petite poignée, les graines de Taqvaylit politique sur son territoire naturel.

C’est cela que le peuple kabyle devait faire et c’est ainsi qu’il s’est comporté. Cette maturité politique et intellectuelle m’emplit d’espoir. Petit bémol oblige, même si elle est considérablement mieux encadrée et organisée, elle demande à mieux l’être. Cela ne dépend que de l’engagement des Kabyles les plus éclairés, instruits et motivés.

Témoignage pour l’Histoire (II) 

Témoignage pour l’Histoire (III) 

À suivre…

Firmus

Site kabyle

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