L’expérience politique du peuple kabyle.

Désormais, la Nation kabyle ne revendique plus, timidement, le « droit culturel pour tous », mais elle exige résolument, celui de gouverner son pays en toute indépendance.

En toutes choses, il faut se rendre compte de la situation au point de départ et suivre le cheminement des faits pour comprendre les raisons de l’éruption de telle ou telle manifestation caractéristique ; tel ou tel résultat. En cela, l’œil d’aujourd’hui aperçoit mieux le déroulement des événements s’étalant des années 1962 à 2001. Il voit mieux comment toutes les revendications kabyles étaient principalement motivées par des considérations politiques et participaient d’une volonté de libération collective et individuelle. Comment durant toutes ces années, la Nation kabyle bouillonnait-elle littéralement d’idées émancipatrices, sans pour autant savoir avec précision, quelle expression leur attribuer pour prendre une direction politique explicite.

L’histoire de tout peuple est traversée par des événements emblématiques et d’une circonstance majeure à l’origine de transformation décisive dans son approche politique. Concernant notre peuple, nous citerons en exemple emblématique le Printemps kabyle, l’héroïsme de ses acteurs, les bouleversements géopolitiques du siècle précédent et l’assassinat de Dda Lwenas. Et, pour circonstance majeure, le massacre de citoyens kabyles en 2001.

La consécution d’événements nous a contraints, en 2001, à regarder attentivement autour de nous ; à regarder nos contradictions sans sceller et à effectuer le bilan de trente-neuf ans de relation conflictuelle avec l’État algérien, pour examiner la situation à dessein d’observer si l’existence en commun est annonciatrice d’un probable avenir meilleur, dans un respect mutuel et les mêmes droits de la personne pour tous.
La conclusion est sans ambiguïté : indépendance de la Kabylie ou extinction de son identité. Ce tableau funèbre est corroboré par deux choses. L’une, tout ce que l’esprit kabyle repousse de toute la puissance de sa volonté, de toute l’énergie de son intelligence, on le lui impose violemment. L’autre par la Constitution de l’État algérien qui a accordé tous les droits linguistiques, culturels, politiques… à l’identité arabe, excluant de ce champ l’identité kabyle. Sous d’autres cieux, ce mode de gouvernance est logiquement nommé : apartheids, colonisation.

Quelques décennies en arrière, nous pouvions prétendre que, entrainés par l’enthousiasme d’un avenir serein et prospère promis par l’indépendance de l’Algérie, nous n’avions pas prêté attention à la programmation de la mort de notre identité. Nous ne voulions pas le croire. Aujourd’hui, l’évidence est criante de vérité et nous voyons clairement les mouvements et les répétions des coups qui s’abattent sur notre identité. Pourquoi alors avons-nous encore des Kabyles inconscients de leur statut d’être inférieur au regard de la Loi du ségrégationniste et d’autres qui détournent le regard ? Deux questions méritent de se poser : ont-ils renoncé à leur identité contre des privilèges ? Ou n’ont-ils pas acquis la conscience souveraine ? À la première question, nous répondrons que la corruption est un socle de tout colonisateur ou dictature. À la deuxième, la pleine possession de soi-même est la liberté première d’où procède naturellement le libre raisonnement, base et racine de toutes les libertés, de tout affranchissement mental et politique.

Libération de toute servitude interdisant à la conscience propre d’observer, d’analyser le monde et de former sa propre opinion. La corruption matérielle peut trouver des justifications dans la pauvreté, la corruption intellectuelle qui est une automutilation délibérée…

Des intelligences kabyles butent encore sur l’avenir en commun prospère dans lequel, elles cherchent un argumentaire pour décrypter leur attachement à l’Algérie et détailler leur position aux citoyens kabyles. Les commentaires qu’elles récoltent sont désespérément anodins et contradictoires. En vue de leur persistance, l’on ne peut trouver de raison pour ne pas soulever un doute sur leur probité intellectuelle et crédibilité morale. D’autant, elles sont calomniées, insultées et accusées de sédition et d’antipatriotisme. Et plus, elles essayent d’égarer le peuple kabyle par des promesses des lendemains algériens paradisiaques, plus les calomnies et les accusations sont violentes.

Nos expériences nous offrent de nombreux faits pour tirer des leçons afin de résoudre nos problèmes politiques. En effet, si l’on pouvait parcourir à vol d’oiseau le paysage politique de Tamazɣa centrale des années 1962 à ce jour, on découvrirait, après quelques cercles dans le ciel, un paysage parsemé d’errements renouvelés qui retardèrent le passage à l’étape indispensable pour la liberté des peuples : l’union au sein d’un mouvement politique. L’on verrait la violence s’abattre sur notre identité, entrecoupée par des phases de paix artificielles. D’incompétences et médiocrités érigées en phares intellectuels de notre peuple, imposées à des positions élevées au sein de l’État algérien pour les ériger en exemple. De l’opportunisme débridé récompensé par des avantages de statuts et de comptes bancaires à l’étranger. Tout a été planifié pour le but de causer la disparition de l’identité kabyle.

Notre expérience politique nous permet d’affirmer que le schéma est réitéré à intervalles constants par une idéologie panarabiste ennuyée par l’existence du peuple kabyle. Aujourd’hui, elle ne déguise même plus son projet d’éradication de l’identité kabyle. Elle nous méprise trop pour daigner le garder trop longtemps en secret.

Nous devons prendre garde de nous préparer à faire face au désordre à venir, en effet, une société repose sur une série d’équilibres et de facteurs nécessaires pour l’épanouissement intellectuel, psychologique, scientifique de ses citoyens et de son développement économique. Cet équilibre nécessite vérité, intelligence, espace et liberté déclinée sous toutes ses couleurs. S’il est soumis à une tension extrême, il finit par rompre, car aucun équilibre n’est extensible à l’infini. Toute flexibilité à ses limites naturelles. Une fois enclenché, le processus de rupture est irréversible et peut mener à des catastrophes sans commune mesure.

La Kabylie deviendra un État.

Repose en paix Dda Lwenas. Reposez en paix Héroïnes et héros de la Kabylie.

Reconnaissant éternelle et admiration pour les militants et les militantes du terrain.

Firmus

Site kabyle

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