Indépendance intellectuelle et économique, Partie I

Il est temps pour les citoyens de la Nation kabyle de songer à l’indépendance intellectuelle et économique, de surcroît bien plus facile à atteindre que l’indépendance politique. 

L’indépendance intellectuelle est propre à l’individu et résulte de ses capacités à s’instruire et se nourrir du savoir accessible dans son espace. D’ouvrir son esprit à la critique et de se remettre constamment en question. D’agencer ses priorités et découvrir par soi-même au fil des expériences. L’indépendance intellectuelle du peuple kabyle empruntera la même voie que celle de tous les peuples souverains : l’école. Une école laïque et de la pensée libératrice. Le chemin ne sera pas rectiligne et les détours qui paraîtront parfois comme des régressions sont nécessaires, incontournables et aisément surmontables par l’esprit kabyle comme l’atteste et témoigne le parcours du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie. Le permanent et l’inaltérable se font dans la sueur, les difficultés, la persévérance et la détermination, encore plus la lutte pour la souveraineté.

Quant à l’indépendance qui s’applique au texte, elle est simplement notre devoir de fonder l’école kabyle adossée à la pensée universelle, scientifique, à la liberté d’expression et de conscience. Faisons-le dès maintenant, sans attendre l’indépendance de la Kabylie. Elle est notre devoir et droit d’introduire en Kabylie les nouvelles formes d’éducation expérimentées en terre d’Occident. D’aider ainsi les enfants kabyles à fortifier leur esprit par la connaissance et préparer ainsi sereinement leur avenir pour maîtriser leur existence et de lui donner le sens qu’ils souhaitent. Cessons de regarder avec envie les avancées et innovations scientifiques, technologiques et politiques qui se produisent ailleurs. Agissons et fondons notre école.

Nous luttons avec peu de moyens financiers et pacifiquement pour reconquérir notre souveraineté confisquée en 1857. L’Histoire témoigne, enseigne et repasse pour vérifier si ses leçons furent apprises et assimilées. Alors, mes frères et sœurs kabyles, disons-lui que nous avons retenu la leçon. En attendant l’avènement d’un État kabyle, préparons graduellement l’école kabyle. Faisons gagner du temps à notre État à venir. En effet, en citoyens d’une Nation sans État, nous ne devons pas déléguer cette question à la seule souveraineté. Nous devons envisager avec sérénité et honnêteté notre part de responsabilité devant les ravages de l’école du colonisateur qui contredit les droits humains élémentaires et bafoue notre dignité et honneur. Et faire le nécessaire pour le contrer. Le faire maintenant, pas prochainement.

Une classe par village, ville et quartier pour commencer ne ruinera pas les finances des citoyens de la Kabylie, principalement les Kabyles de la diaspora, militants et militantes engagés sur la voie de l’indépendance. D’ailleurs, tous les Kabyles, peu importe leur sensibilité politique, doivent se sentir concernés par le sujet et prendre leur responsabilité. Ils le feront, j’en suis intimement convaincu. Le mépris identitaire les touche et bouleverse comme tout kabyle. En leur for intérieur, ils adhèrent pleinement au combat pour la dignité et la souveraineté. Pour l’instant, ils sont en observation. Notre sérieux les convaincra. L’idéal est commun, mais les voies peuvent être multiples avant de se rejoindre au même point. Rares sont les Kabyles qui sont contre une Kabylie indépendante par crainte de manquer de substances vitales à nos tubes digestifs. Ceux-là considèrent qu’il vaut mieux arrimer la Kabylie à l’Algérie même en position de subalterne, même au prix de dékabyliser la Kabylie.

Pour le moment l’exemple, l’initiative et le financement de l’école kabyle doivent impérativement provenir de citoyens kabyles et les amis de notre peuple. Les sections du MAK en Kabylie se chargeront avec bonheur et fierté de l’organisation. Pour l’instant, elles n’ont pas dans leur rang de banquiers généreux pour le faire sans notre contribution.  Autrement, ce texte ne serait pas rédigé. C’est aux citoyens kabyles engagés de pallier le manque de moyens et de prendre l’initiative d’embaucher un professeur et mettre à sa disposition un local pour former en langue kabyle, loin de l’influence de l’école lobotomisante, les écrivains, les traducteurs et lecteurs kabyles de demain.

Effectivement, le Mouvement souverainiste, ses leaders, ses militants et militantes du terrain ne peuvent accomplir tous les miracles d’autant s’ils n’ont pas les possibilités de les effectuer. Il est de notre devoir de leur donner les moyens matériels et financiers primordiaux pour notre libération. De plus, pour le moment, les priorités du gouvernement kabyle sont plutôt d’ordre politique, diplomatique, et celle du MAK d’ordre structurel. Notre gouvernement mettra prochainement en place le Parlement kabyle. Ce projet exige une concentration de tous les instants et un investissement intellectuel et physique titanesque. Nous avons un gouvernement qui travaille, aidons-le s’il vous plait. Soyons les bienfaiteurs de notre libération.

Pour le colonisateur, notre Histoire, véhicule un univers foncièrement archaïque, passéiste et idolâtre. Nous avions protesté contre l’infâme mensonge. Nous nous sommes élevés pour dénoncer l’entreprise de prédation enrobée d’une idéologie aux apparences vertueuses. Maintenant, elle a besoin d’une école kabyle pour confondre le menteur. Apparemment, elle ne fut jamais écrite dans notre langue pour des raisons transparentes que l’école kabyle corrigera. Elle est falsifiée, dénaturée et parodiée. D’abord, elle fut retournée contre nos revendications berbéristes et maintenant à l’encontre de nos aspirations souverainistes légitimes. C’est dans l’école kabyle qu’elle retrouverait sa place et embrasserait toutes les dimensions. C’est l’école kabyle et ses professeurs qui l’enseigneront aux enfants kabyles, sans censure ni mensonge. La dignité d’un peuple commande de résister à toute imposition et à toute falsification de son histoire. Sommes-nous un peuple d’honneur et de dignité ? Oui. Donnons à notre histoire un espace où elle évoluera à son rythme, sans injonction, imposition, ni sujétion. Construisons-lui une école digne de notre esprit.

Nous sommes un peuple de nantis, néanmoins ne possède pas de médias lourds souverainistes. Nous avons un groupe audiovisuel tendance algérianiste. Le monde nous observe, scrute nos actions et s’étonne du vide abyssal. Heureusement, Internet existe pour nous permettre de produire des idées, échanger et informer. Cette erreur illustre parfaitement le manque d’implication de la bourgeoisie kabyle qui est, pour une part, responsable des cases vides. S’entêter à la prolonger sans se donner les moyens de la rectifier, à court terme, est vécu comme un drame par les militantes et militants activant au pays, dévoués corps et âme à la Kabylie. Même par les Kabyles installés en Occident impliqués dans le combat pacifique de libération nationale, bien que certains ne font pas les mêmes efforts. Tant qu’on ne le fera pas, on avancera à l’aveuglette en tirant le lourd boulet de la méconnaissance et la désinformation qui retardera incontestablement notre indépendance intellectuelle.

Je ne vous apprends rien, vous savez pertinemment qu’il faut déployer beaucoup d’efforts intellectuels, psychologiques et de travail de conviction pour faire évoluer les mentalités de basses ; réformer, réinventer et actualiser les idées basiques et les traditions. Encore plus pour l’élévation philosophique, intellectuelle et politique, il faut des efforts herculéens et du temps pour les objectiver. Précisément, nous avons suffisamment perdu de temps en ce domaine. Les corrections et l’élévation passeront effectivement par l’école et le savoir rédiger en langue kabyle.

Dites-moi mes frères et sœurs kabyles comment vaincre la volontaire servilité sur la conscience, inculquée au premier jour entre les murs de l’école algérienne ? Lieux de bourrage de crâne, de propagande arabo-islamiste, de manipulation et de haine de soi. Comment parer à l’inculture enseignée par les fossoyeurs de l’identité du peuple kabyle, dans l’enceinte consacrée au savoir et à l’éveil des consciences dans le monde civilisé ? Nous connaissons tous la solution au problème et nous attendons tous que quelqu’un la mette en pratique. De plus, il a intérêt à faire mieux que ce dont on espère. Effectivement, la solution est une école kabyle et sa mise en place dépend des Kabyles conscients et engagés pour la pérennité de l’identité légendaire.

J’ai mis du temps à comprendre combien ce sujet est ultrasensible. Il ne s’agit plus de grève de cartable, mais de préparer l’école kabyle de demain. La prochaine fois que l’on fera une grève du cartable est pour quitter définitivement l’école algérienne pour intégrer l’école d’une Kabylie souveraine.

Ce n’est pas un espoir qui est ostensiblement exprimé, mais une conviction d’un futur kabyle libre et indépendant. J’ai cessé de prêter attention à l’adage fourre-tout : l’espoir fait vivre. Sornette d’incapables, juste utile à justifier l’illusion et à stériliser la volonté de résoudre les problèmes. Si l’on veut faire vivre ses idées entre autres, l’on se doit de se donner les moyens, de les appliquer sur le terrain et les défendre au quotidien. Ce n’est pas l’espoir qui libérera la Kabylie, mais la contribution financière, l’engagement politique, l’action et l’union du peuple kabyle.

Solidarité et engagement sont primordiaux à tous les niveaux. Le moindre geste compte son pesant d’or. Par exemple, j’observe avec enchantement, émerveillement et fierté immense que la production littéraire en langue kabyle est depuis des années en constante augmentation, cependant, les lecteurs ne suivent pas encore la même courbe. Achetez un livre par mois, même si vous ne lisez pas. Soyez militants et militantes. Soyez solidaires avec le savoir rédigé en langue kabyle.

Firmus

Site kabyle

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :